Noir Boy George - Polytoxicomane de toi (2026)

Ici, on ne peut en sortir indemne, parce qu'écouter Noir Boy George c'est tellement physique. Dès les premières secondes de Polytoxicomane de toi, ça m’a sauté dessus. Dedans. Partout. 

C'est la beauté et c'est la déchéance, rien ne les opposer. C'est poreux. Les rapports de production, l'amour devient dépendance, la dépendance devient langage, et le langage lui-même semble parfois vaciller sous le poids de ce qu’il doit porter. Écouter Noir Boy George c’est tout un programme. Tu ne l'écoute pas en faisant la vaisselle, tu l'écoute pour provoquer quelque chose. Le noise que le groupe propose c'est l’obsession dans ce qu’elle a de plus brut, de plus incontrôlable. Clair-obscur permanent. Des textures électroniques qui transpirent, des nappes qui enveloppent, des rythmiques parfois lourdes, presque engourdies, comme si elles avancent sous substances elles aussi. Et puis cette voix, hors des normes, hors du temps, fragile, tendue, toujours à la limite de la rupture, du cri, du silence, de la souffrance mais aussi de l'amour, de la poésie salement belle. Tout se joue rapidement. A l'Est de ton corps, au centre du mien, il y a quelque chose d’intimement nocturne dans cet album. Mes angoisses, mes troubles, mon anxiété chronique se déchainent dans cette tempête musicale. Les émotions sont de sortie, c'est troublant, c'est frappant, c'est presque sexuel. Est-ce paisible ? Les pensées qui tournent en boucle par ces messages qu’ils envoient, de ceux qu’on refuse de regretter d’avoir envoyés. J’ai eu plusieurs fois cette sensation étrange que les morceaux ne commençaient pas vraiment, comme si j’arrivais toujours en plein milieu de quelque chose. La chute est déjà entamée. En trans. Hypnose sous guitares électriques. Et pourtant, au cœur de cette noirceur, il y a des éclats. Fugaces. Lumineux mais pas accidentels. Injecte-moi, la mélodie m'accroche, les mots résonnent encore plus fort que les autres, un cri dans le chaos. Injecte, injecte-moi quelque chose de toi... C'est si humain, peut-être qu'on croit que nous sommes en train de sombrer sans détourner les yeux, mais les oreilles sont la porte d'entrée vers le cœur. Je prends cette poésie en intraveineuse. Dans cet inconfort réside la lucidité de la vie, de ce quotidien pesant qu'on nous inflige. La musique de Noir Boy George est une implication pour ne pas se laisser ensevelir. Elle demande d’accepter de se laisser déranger, parfois même de se reconnaître là où on n’en a pas forcément envie. Mais en échange, elle offre quelque chose de rare. Cette espèce de sincérité que seul les groupes indés peuvent créer sans tricher, sans prendre les auditeurs pour des cons. Pas de filtre quoi. Après Le samedi c'est Agnès, après l'incroyable Comme Alain Vega, terrible morceau presque animal, j'assume dire que ce disque n'est pas une suite de morceaux, que c'est un état. Mais c'est à chacun de trouver lequel, le sien. Le mien à une forme de vertige émotionnel, il traverse quelque chose. Psychose, névrose et rock'n'noise... Je ne sais quoi encore. Je ne vais pas chercher à le résoudre. Pas tout de suite. Il y a des claques qu'on redemande. Je vais réécouter intensément l'album, je vais m'imprégner du reste de la discographie du groupe. Je vais le laisser me pénétrer, je dépose mon casque comme on rend les armes, Satan vit dans mon ventre. Sohn, hör mir zu...


Tracklist
01 - Les rapports de production
02 - À l’est de ton corps
03 - Injecte-moi
04 - Le samedi c’est Agnès
05 - Comme Alan Vega
06 - Satan vit dans mon ventre

10 avril 2026
Autoproduction


www.noirboygeorge.bandcamp.com

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