Imbert Imbert - Petit journal du feu (2026)

Imbert Imbert est assurément un grand conteur du sensible. Son disque, savamment construit, prend place au sein d’une discographie étalée sur près  de vingt ans, nourrie par des éléments de la chanson à texte, du jazz libre et du rock abrasif. 

Dans la chanson, on sait que le pari est réussi lorsque l’intimité brute d’un morceau nous fait croire qu’elle nous appartient. Je trouve que c’est le cas dans Petit journal du feu, où l'hommage au père devient le miroir de nos propres failles. En s'adressant ainsi à l'auditeur, Imbert Imbert mêle habilement le journal intime et le mythe universel. Puisque ça me touche, j'en conclue que c'est la marque des beaux disques.
Chez Imbert Imbert, c'est direct, sans filtre, avec une distanciation parfois ironique, tellement emblématique de son style. L'album est truffé de ruptures visant à nous rendre complices ou nous invitant à réfléchir. Le ton emprunte souvent à la hargne comme à la tendresse, brossant des portraits d'existences poussées dans leurs retranchements. L'artiste dépeint la matière humaine sous des angles précis et pointus. Le deuil, la filiation, la colère et les bonheurs fragiles. Nous voilà centrés sur la figure du père et l'émotion brute. Par instants, les textes nous font part de commentaires sociétaux et intimes, il y a aussi quelques envolées plus travaillées sur le plan poétique visant à accentuer la dramaturgie de l'expérience auditive. Et dans cette expérience, ces premières écoutes que je m'injecte dans les tympans, il y a cette tension de style, de son, d’effets et de genres qui crée tout le sel de l'intensité, c'est captivant. Dynamique efficace, du rock libre en somme avec l'un des plus beaux instruments du monde. La contrebasse apporte son énergie incandescente. Point d’accroche central, c’est elle qui sert de point d'ancrage incandescent autour duquel tout s'embrase. Car oui, c'est le feu. Un foyer d'émotions, autour duquel rôdent sonorités électriques, souffle d'un accordéon diatonique tenu par Cédric Pierini, et improvisations qui viennent bousculer les structures traditionnelles. La poésie est nuancée. Les mots sont abrasifs, mordants, sans jamais être désespérés. Premier coup de coeur, Petit chien. J'ai mal au bide par tant d'émotions qui se dégage de ce titre. Que du feu. Les émotions, ce sont elles qui portent l'album, dans un monde trop violent et cynique. Elles luttent, elles se déjouent de la froideur ambiante. Comme on reçoit me claque l'esprit également. Dans cette vie, on y voit que du feu, le temps qui abîme, les désordres intimes, mais aussi la lumière qui surgit de la brûlure. Imbert Imbert y dissèque ce que l'on transmet et ce dont on hérite, drapant les plaies familiales d'une poésie pudique.
Le disque n'épargne aucune nudité émotionnelle à son auditeur. Il décrit le ridicule de nos certitudes, le tragique de la perte, mais aussi la puissance salvatrice de la création. Soufflons-le s'impose ainsi comme un murmure suspendu pour apaiser les braises du chagrin et raviver ce qu'il reste de souffle. Puis survient la décharge de Ne pas confondre, rappel cinglant où sa verve abrasive trie le vrai du faux, traquant nos renoncements pour remettre les mots et les valeurs à leur juste place. Ce disque continue de vibrer hors de mes haut-parleurs.

Voilà, Petit journal du feu, ce sont les cinquante nuances de flammes d'un artiste en résistance face à la tiédeur de la vie. Un disque sur l'adversité et la transmission qui nous offre le portrait d'un musicien en lutte permanente pour faire jaillir la beauté et qui en ressort transformé. Une traversée salutaire dont l'énergie incandescente finit irrémédiablement par nous contaminer. Bref, il faut s'immerger dans ce disque, écouter l'urgence de ses mots et se laisser traverser par sa musique, ne serait-ce que pour maintenir le souffle et survivre à nos propres turbulences.

Tracklist
01 - Langue d'os
02 - Je bronze (à ton silence)
03 - Ton étoile
04 - Petit chien
05 - Que du feu
06 - Comme on reçoit
07 - Virgule
08 - Petit journal du feu
09 - Tout doit disparaître
10 - Soufflons-le
11 - Ne pas confondre

28 aout 2026
L'autre Distribution


www.imbertimbert.fr
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