Neil Young & The Chrome Hearts - Second Song (2026)

Je dois bien l'avouer, je n'attendais pas grand-chose de ce nouvel album de Neil Young. Non pas que le Loner manque de prestige à mes yeux, j'ai parcouru sa discographie gargantuesque au fil des ans et je mesure parfaitement l'impact colossal de son œuvre, mais après tant de décennies de carrière et d'expérimentations en tous genres, il est toujours légitime de se demander ce qu'un géant du folk-rock a encore à nous raconter. Bah, il m'a totalement cueilli.

C'est une journée d'automne, je me suis levé tôt pour un rendez-vous dont je me serais bien passé. Quand je suis sorti du laboratoire, le jour était à peine en train de se lever alors que la tempête Austen, elle, était bien réveillée depuis longtemps. Je suis rentré à la maison me faire couler un petit café en regardant le vent souffler et la pluie tomber à travers les carreaux. J'ai choisi un album à écouter. Vu la conjoncture du moment, le nouvel album de Neil Young me tendait les bras. Entendre le grain si particulier et vulnérable du chanteur sublimé par un travail sonore audacieux, soutenu par une musique de haute volée qui semblent errer avec liberté tout en gardant un groove impeccable, apporte une fraîcheur inattendue en cette journée d'automne. Ce qui paraissait simple ou brut à la première écoute révèle au fil des lectures une profondeur instrumentale fascinante. Pour ma part, c'est précisément ce parti pris qui fait toute la magie du disque. S'il fallait ne retenir qu'un sommet, ce serait sans hésiter la pièce maîtresse Day after Day, que j'écoute en boucle. C'est un titre tout simplement magique, où la mélancolie poignante du songwriter canadien atteint une grâce presque mystique, portée par des arpèges de guitare aussi incisifs qu'aériens. C'est vivant. Mais l'album ne se résume pas à un seul éclat d'élégie. Ce deuxième projet enregistré avec le groupe The Chrome Hearts après Talkin' to the Trees (2025) mêle habilement nouvelles compositions et vieilles pépites tirées de ses débuts. Une fois apprivoisées ses sonorités parfois déconcertantes, l'œuvre se déploie dans toute sa richesse. Par exemple le morceau d'ouverture The Foggy Edge of Time donne immédiatement le ton d'une aventure organique et libre, avant d'enchaîner sur des pépites comme Second Song, au rythme faussement désinvolte, Casting Me Away From You, brillant par ses envolées bluesy subtiles, ou encore l'incontournable I'll Love You Forever, qui prend des chemins harmoniques enivrants pour mieux séduire, encore.

En fin de compte, ce nouvel album prouve que Neil Young malgré le temps qui passe n'a rien perdu de sa fougue ni de sa sensibilité. Là où d'autres vétérans se contentent d'auto-parodie ou de nostalgie confortable, lui il continue d'avancer sans filet, épousant l'imprévu pour nous offrir un œuvre vibrante, exigeante et profondément touchante. Dehors, la tempête Austen continue de secouer les arbres et de faire claquer la pluie contre mes carreaux, mais dans le salon, une espèce de chaleur est revenue. Il est des jours d'automne où la grisaille a besoin d'un grand disque pour prendre toute sa beauté. Celui-ci était exactement ce qu'il me fallait.

Tracklist
01 - The Foggy Edge of Time 
02 - Day After Day 
03 - Earth Girl 
04 - Second Song 
05 - Casting Me Away From You 
06 - Soon I Might Be Going 
07 - I'll Love You Forever

17 septembre 2026
Reprise Records


www.neilyoungarchives.com

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