Une guitare, un piano et Renaud (2000)

Putain, quel cadeau ! Ce live sorti tout récemment, enregistré en 2000, c’est comme recevoir un gros paquet-surprise de Renaud lui-même. Et ça m’a foutu une claque directe dans la tronche, m’emmenant illico au Palais des Congrès de Perpignan un soir du 11 décembre 1999. Une date qui coule encore sous ma peau.

C’était mon premier concert en solo. Mon deuxième de Renaud, cinq piges après Narbonne, sur la tournée Paris-province aller-retour que nous sommes allés voir entre potes. Ce samedi soir-là aux portes de l'an 2000, la salle est pleine à craquer. Des jeunes, des vieux, des gens chics et des blousons cuir, tous venus se prendre une dose de chansons. Renaud débarque, tout noir vêtu, accompagné de ses deux “croque-notes”, Jean-Pierre Bucolo à la guitare et Alain Lanty au piano. Petite formation pour un grand moment de poésie assuré. 
Et à cette époque si tu t’attends à un type morose, dépressif, perdu dans l’alcool et aux cordes amochées… bah ouais, c’est vrai. Mais en 2000, sur ce live de FIP enregistré, on sent un mec debout, presque en forme, qui prend son pied, qui vit. Deux ans avant Boucan d’enfer, deux putains d’années avant la déferlante et le retour gagnant, alors que certains journalistes te ressassent sans cesse ses sept années de traversée du désert. La vérité ? Ce qui fait battre Renaud, ce n’est pas le studio, c’est la scène, le public, les mains qui claquent et les voix qui chantent avec lui. Entre A la belle de mai et Boucan d'enfer, c'est deux tournées dont celle-ci qui au départ ne devait compter qu'une trentaine de dates et se termine finalement au bout de 200 dates et deux ans sur le route. Pas mal pour une traversée du désert. 

Dès le départ, le dialogue est lancé. Il raconte ses chansons, nos histoires. La ballade de Willy Brouillard ouvre le rideau. "Une petite chanson d'amour" qui s'appelle En cloque lui emboite le pas. Et puis il y a sa Lolita dans La pêche à la ligne, l’émotion qui te serre la gorge. C'est le côté tendre et émouvant du chanteur qu'on vient écouter, celui qui laisse transparaître ses sentiments, ses coups de cœur et de gueule à travers des textes joliment ciselés en musique. "On va essayer de faire une chanson qui va peut-être singulièrement manquée de bière et d'accordéon..." mais Germaine assure quand même ! Et plutôt deux fois qu'une quand le piano remplace l'accordéon je trouve ça vraiment pas mal. La preuve avec l'introduction magnifique de La ballade nord-irlandaise. Si le disque n'était pas sorti, jamais je ne me serais rappelé de ce moment. Incroyable. C'était déjà ma chanson préférée, elle l'est encore plus dans cette version. 


Mais Renaud sait aussi mettre de côté la tendresse pour se révolter, dénoncer le monde qui va mal, la société et ses absurdités. Il s'insurge contre le malheur, la pauvreté; il flingue à bout portant les tout-puissants, il vilipende les politiques, les religieux et les militaires. Lui, le militant du parti des oiseaux, des baleines, de l'eau et des enfants a choisi de déclarer la guerre à la bêtise humaine et comme un pitbull qui ne lâche pas la jambe de sa victime, il ne lâche pas les crocs. Extrait joussif : "-Je l'avais un petit peu oubliée depuis quelque temps, je pensais qu'elle était morte, que quelqu'un aurait eu le bon goût de la pendre à un crochet de boucher, mais non, elle est toujours là... elle est venue se rappeler à mon bon souvenir dans l'actualité récente en allant rendre visite à Pinochet dans sa prison dorée... pour le consoler... (...) C'est cette empaffée de Miss Maggie... Tant qu'elle n'aura pas cassé sa pipe (...) je continuerai toujours à chanter cette petite chanson..."
En tout cas, ce triste constat d'un monde où rien ne va, n'altère pas l'homme qui amuse et s'amuse sur scène. Et s'il taquine avec une gentillesse non dissimulée Jean-Pierre Bucolo (qui entre parfaitement dans son jeu) et le public, Renaud ne s'épargne pas. Et l'autodérision lui sied bien. Il se moque de ses putains de valoches sous les yeux, de ses jambes arquées et de son corps frêle : "-Quand j'ai arrêté la muscu, j'ai choisi un autre sport, les bars parallèles. Je fais un bar d'un côté de la rue le matin et l'après-midi, je fais celui d'en face". Il avoue ses péchés en public, son penchant pour une certaine boisson anisée et les cigarettes. “-Mon toubib m'a annoncé que je devais choisir entre la chanson et les clopes. J'ai choisi de changer de médecin.” Il s'en grille même une de temps en temps sur scène. Et moi en 99 devant ce sacré personnage, au milieu d'une foule assise puis debout, qui chante, qui rit, qui tape des mains, et Renaud, humble comme un gosse, qui balance un merci beaucoup infiniment toutes les trois minutes. Deux heures qu’il est là, sur scène, et même après deux rappels et une standing ovation, on a juste envie de lui dire à lui en retour Merci beaucoup infiniment.

Ce soir-là, je suis reparti avec l’affiche de la tournée. Je l’ai gardée une quinzaine d'années, toujours accrochée soigneusement dans mes studios et appartements successifs, elle me rappelait quand je levais les yeux vers elle à quel point j'avais passé une excellente soirée. 

Aujourd'hui, le disque tourne et rien à changer. 
J'aime toujours autant cette tournée.  
 
Tracklist
01 – Intro
02 – La Ballade de Willy Brouillard
03 – En cloque
04 – La Pêche à la ligne
05 – Germaine
06 – La Ballade nord‑irlandaise
07 – Miss Maggie
08 – Elle a vu le loup
09 – Dès que le vent soufflera
10 – La Médaille
11 – Mistral gagnant
12 – Interview (par Jean‑Luc Hees)

05 décembre 2025
Parlophone


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