Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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6 janvier 2015

Hubert-Félix Thiéfaine - Stratégie de l'inespoir

Il n'y avait qu'une manière pour découvrir le dix-septième album d'Hubert-Félix Thiéfaine. Celle d'être couché sur le canapé, le casque sur les oreilles avec un léger filet de lumière sur le plafond et le fond d'une bouteille de vin à porter de main. Et dans cette agréable enveloppe nocturne, Stratégie de l'inespoir est venu s'emparer de moi.


Et bon sang que j'aime ça. Pas qu'on s'empare de moi si facilement, non. Je ne suis pas une fille facile, mais ça on s'en fout. J'aime quand mon corps figé se laisse caresser par les paroles du poète. Pas vous ? Et une fois de plus, les amoureux de la langue française trouveront encore le moyen de crier jouissance et ivresse. 


Déesse de mes gravures anciennes
Fille de mes équations païennes
Ange quantique et démon fatal
De mes lubies sentimentales
Lorsque son souffle accéléré
Me dévoile dans un murmure
Le charme des verbes oubliés
Sous les mailles de mon armure


Même avec un bandeau sur les yeux, Thiéfaine interprète sa réalité. Sévère et réaliste avec "Médiocratie" sur les réseaux sociaux, surprenant avec le très rock "Retour à Celingrad", un hommage délicat pour le cinquantième anniversaire de la mort de Céline. "Karaganda" éclate comme un ballet, une pièce chargée d’énergies cendrées, de colères portées par l’ensemble. Il est aussi question d’amour, de "Lubies sentimentales" Cali à la musique, c'est un bijou. d’amours qui n’en sont plus : "Amour désaffecté". Puissante, exigence, la finesse d'Hubert-Félix est bien là : jouer de la poésie sans en abuser, où sons et sens jouissent d’une osmose rarissime que lui seul est capable de marier.
"Toboggan" et "En remontant le fleuve" éclairent le cycle d’une vie, d’un chemin que l’on remonte à la recherche d’une réponse, comme une quête avant l’abandon, la descente inévitable, le glissement vers la fin. Et pour rendre peut-être un hommage à son fils Lucas qui est à la réalisation de Stratégie de l'inespoir, le disque se clôture avec une reprise de Cat Stevens : "Père et Fils".

Deux ans après Suppléments de mensonge, et avec ENFIN la consécration du métier, Thiéfaine continu d'exceller dans le chef d’œuvre. Un album puissant, magnifique.

Le maitre est de retour, et la poésie respire encore.





 
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