Parce que c'est la plus belle chanson française de tous les temps ? Je crois qu'il n’y a aucune autre chanson qui me serre autant le cœur que Le temps qui reste de Serge Reggiani sur un texte de Jean-Loup Dabadie et une très belle musique d'Alain Goraguer.



Je ne l’ai pas choisie parce que la voix fatiguée de son interprète me rappelle celle d'un grand-père que j'aurais aimé connaître, avec qui j'aurais pu découvrir la vie. Je ne l’ai pas non plus choisie parce que choisir Serge Reggiani, c’est choisir l'un des moyens le plus sûr pour éviter les jets de pierres des pédants du monde de la musique.

Je l’ai choisie parce que, pour moi, c’est la plus belle chanson française de tous les temps.

Et si quelqu’un venait à dire que ce n’est pas le cas, je le prendrais personnellement. C'est une de ces chansons que l’on ne découvre pas par hasard. Pour moi, et comme pour beaucoup de gens j'imagine, c'est par le film Deux jours à tuer avec Albert Dupontel qu'elle est venue bouleverser ma vie sous une tonne d'émotions. Je me souviens encore me demander comment serait devenue cette vie-là si je n'avais pas vu ce film, ni (surtout) entendu cette chanson. 

Elle ne sonnait comme rien d'aussi fort de ce que je connaissais du haut de ma trentaine d'années d’existence. C’était vraiment puissant de café, ce mec et sa vieille voix pleine de sagesse ! C'est comme si je venais d'écouter les paroles de mon grand-père qui me disait d'arrêter de faire le con et de me réveiller un peu. Une douce claque. Ca aurait pu être une ode à la guimauve intersidérale si quelqu'un d’autre avait posé sa voix dessus…Patrick Fiori ne m'aurait pas fait le même effet par exemple. 

Année après année, luttant pour trouver la force d’accomplir les efforts qui, peut-être, devaient me permettre de mieux comprendre le sens de cette vie… C’est alors que m'est apparu des notes et une voix puis, plus tard, un sourire, une mélancolie, un espoir, qui m’ont soutenu au-delà de toute souffrance. Comme un phare dans ma nuit, mon antalgique, ma morphine pour supporter certains maux de cette vie : Le temps qui reste de Serge Reggiani.

Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...