La Maison Tellier - Timidité des arbres (2026)

Enveloppées par une brume légère, les chansons de La Maison Tellier se déposent doucement, comme si elles flottaient à la surface de ce monde poétique qu’on recherche tous. Timidité des arbres avance ainsi, à pas feutrés, sur un lac immobile où chaque note semble refléter une émotion, diffuse, presque insaisissable, une sensation, enveloppante, presque imperceptible. Le casque sur les oreilles, enfin seul, enfin à distance du tumulte…

D’entrée, l’album s’impose comme une œuvre d’une élégance rare dans ce paysage folk français qui n’est pas à manque en la matière. Ici, pas de démonstration, pas d’éclat inutile, c’est fluide, c’est beau parce que l’écoute repose sur un équilibre fragile entre présence et effacement. C’est merveilleux de ressentir ça. Comme dans un récit intérieur, les morceaux m’invitent à suivre une ligne floue, celle qui sépare le poids du présent à la lucidité d’un flottement tant désiré. Dès le premier morceau Au Vauban, j’aime cette manière qu’a le disque de me parler sans se dévoiler directement. J’ai l’impression d’entrer timidement dans une pensée, qui doute, qui avance à tâtons. Les mots me parviennent comme filtrés, retenus, ma conscience fragile me rappelle mes souvenirs dans cet hôtel proche de la Rade, ça m’parle, ça m’enchante. Je me retrouve à naviguer entre des images très concrètes, des lieux, des gestes, des absences, des détails, et quelque chose de plus instable, de plus fuyant, comme si tout pouvait se dérober à tout moment. Cette poésie, elle se ressent physiquement. Elle protège autant qu’elle enferme. Pour le meilleur. Love again est incroyable. Musicalement, La Maison Tellier agit autant avec délicatesse que puissance et c’est troublant. Les arrangements laissent de l’espace à notre âme, et donnent l’impression de respirer avec eux. Sans brusquer, chaque instrument arrive doucement, En moi le chaos qui s’empare progressivement de mon corps, les guitares, les nappes discrètes, les touches de trompette… tout semble s’installer en moi pour un joli chaos. La tension est douce, profonde. Je n’attends pas un moment fort non, je reste suspendu, attentif à ce qui se joue, à ce qui affleure et effleure. La chanson de Jean-Louis, La timidité des arbres avec Karen Lano, Tout le monde... Les titres défilent et ils ne guident pas, ils marchent à côté de moi rappelant que tout peut disparaître à tout instant, et je ne veux pas. Je ne veux pas parce que quand arrive Là où je vis, je trouve définitivement ce que je recherche, d’abord la mélodie qui me tient à distance du tumulte extérieur et puis les mots. La Maison Tellier capte quelque chose de profondément intime. Dans cet ancrage fragile, entre attachement et légère distance, le lieu évoque autant qu’il retient. C’est un capharnaüm d’émotions personnelles captées par une musique délicieuse. C’est fort, c’est puissant. Ballade du vieux garçon ne me fera pas redescendre. Oh non. Dans cette fragilité, je ressens quelque chose de profondément doux, rien ne m’est imposé, tout m’est suggéré et je m’y reconnais sans vraiment savoir pourquoi. On se prend les pieds dans cette poésie mais la chute ne fait pas mal. Au contraire, elle emmène vers un apaisement, vers l’amour des mots, vers Vini Vidi Vixi que ne résout rien, mais ouvre une fenêtre pour laisser exister ce qui nous échappe. Dernier morceau, c’est fini et oui, oui, c’est merveilleux. Sans que je m’en rende compte, le disque s’arrête mais reste. Il s’est infiltré, il s’est imprimé, il laisse des traces, discrètes, persistantes, peut-être floues, mais bien réelles. C’est un grand disque.


Tracklist
01 - Au Vauban
02 - Damocles
03 - Love again
04 - En moi le chaos
05 - La chanson de Jean-Louis
06 - La timidité des arbres
07 - Tout le monde
08 - Low Cost
09 - Là où je vis
10 - Ballade du vieux garçon
11 - Vini Vidi Vixi

03 avril 2026
Messalina


www.facebook.com/lamaisontellier

Commentaires


Les articles les plus consultés du moment

Le temps qui reste de Serge Reggiani

Jacques Higelin : Tombé du ciel

Raphaël - Caravane (2005)

Nuit et brouillard - Jean Ferrat Vs Hubert-Félix Thiéfaine

NOUVEAUX CLIPS / mars 2026