R.Wan - Epure (2026)

Cet album m'a touché. Il m'a touché parce qu'il est porté par un duo profondément ancré dans une sorte de poésie contemporaine, qui observe de près comme de loin cette époque saturée de virtuel. 


Après quelques écoutes, j'ai eu le sentiment que R.Wan et son accordéoniste Éric Allard-Jacquin (Les Yeux d'La Tête) mettent des mots et des notes brutes sur ce besoin indicible de retour à l'essentiel que nous ressentons tous à cet instant où le monde entier s'est enfermé derrière ses écrans, une aliénation moderne qu'évoque en filigrane le morceau Satellite. Il s'agit bien ici d'une démarche minimale, comme le formule la chanson-titre Épure. Le superflu n'y a plus sa place. Le duo avance sur un fil, tel un Funambule suspendu au-dessus du vide, happé par le réel. C'est une période charnière pour R.Wan qui nous revient débarrassé des machines et des productions denses de ses précédents projets (Java, Soviet Suprem), il revient à la nudité d'une voix et d'un soufflet. Cet album est taillé à nu, le nerf à vif, distillant des bulles de poésie sensible comme Airelle ou Délicat. Face aux illusions qui s'envolent et aux présences qui s'estompent (Déjà, vous vous éloignez), on se demande s'il est encore possible d'émouvoir avec un simple duo acoustique alors que toute l'innocence s'évapore. Finalement, la grande histoire déteint et fait écho à leur propre démarche. Leur musique et cette époque que nous subissons sont définitivement liées par un destin implicite. L'auditeur ne fait pas qu'écouter, il vit les mots, les notes face à cet artiste qui chante, qui raconte, qui fait tourner les mots et les motifs (Des ronds) cherchant à éviter le silence mécanique. Poser des mots, faire souffler l'accordéon, dire des choses franches, c'est quelque part tenter de vivre et de ressentir, hors des artifices. C'est forcément touchant. Même si je n'ai pas été frappé par une démonstration de virtuosité ou une surenchère d'arrangements, moi j'ai aimé une certaine nudité, une mélancolie nue et saisissante notamment dans leur relecture magnifique empreinte de gravité de Il n'y a pas d'amour heureux qui traduit une sorte d'impuissance des artistes à surpasser cette époque trouble. Seule finalement l'émotion suscitée par le souffle organique de l'accordéon et ce chant à hauteur de conteur est encore suffisamment puissante pour nourrir notre besoin de poésie, de nous offrir des émotions.  


Quand la musique s'arrête il ne reste que l'amer constat d'un monde d'écrans qui s'étiole, et c'est en cela que cet album est finalement marquant. Il est le marqueur d'une époque troublée où la chanson tente encore une fois d'être vraie.

Tracklist
01 - Funambule
02 - Airelle
03 - Épure
04 - Déjà, vous vous éloignez
05 - Des ronds
06 - Délicat
07 - Satellite
08 - Tourne
09 - Il n'y a pas d'amour heureux 

04 septembre 2026
Modulor / Poupaprod


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