Feutre - Les grands ensembles (2026)
Amateurs d’indie pop française soigneuse et de paysages sonores soigneusement arrangés, vous allez être servis !

Personnellement, je ne suis pas forcément spécialiste de pop baroque à l’ancienne mais j’en ai pris plein les mirettes. Ces ambiances feutrées s’avèrent somptueuses et là-bas, chez Feutre, ils ont encore de vraies basses mélodiques au premier plan façon Gainsbourg 70s, contrairement au reste de la scène actuelle qui ne conserve que de minuscules beats synthétiques vaguement grisâtres. J’ai pris plaisir, lors de ma première écoute, de percevoir la complicité évidente entre la voix d’Elsa Leroyer et la basse de Michaël Korchia. Tout cela pour vous dire que j’ai pu aborder ce disque avec le sens critique requis. Le bilan est évidemment positif. J'ai aimé les sonorités travaillées, la guitare (Jérôme Excoffier), inventive et oblique, excellente pour nous immerger dans l’histoire des chansons avec ses lignes héritées du post-punk, j'ai kiffé les claviers vintage (Rhodes, orgues) suffisamment bien dosés pour tenir le rôle de décor chaleureux qui leur a été assigné, l'écriture sensible et engagée (comme sur L’indocile), avec une jolie fin d'album loin des clichés pop habituels.
Voyage musical contemplatif avec de longues balades mélodiques émaillées de crochets post-punk qui tiennent en éveille l’intérêt de l'auditeur. Pour qui apprécie la chanson française, on peut s’enthousiasmer qu'un groupe passe avec aisance d'une écriture intime et frontale (Adam) à des points de vue dérangeants et conceptuels (Les gens sans visage), alors que dans les grandes sphères, le but d'un tube est d'aller au plus simple sans fatigue. Mais non que-nini, Feutre n'est pas ce genre de groupe qui cherche la facilité à dérouler un refrain calibré en boucle. Enchaîner de tels dénivelés d'arrangements et faire ainsi prendre de la hauteur à leurs morceaux, c'est justement ce qui rend ce voyage en altitude aussi captivant du début à la fin. Et puis il y a Été 82, un morceau que j’adore, sans doute parce qu’il sait réveiller une nostalgie particulière, celle qui serre le cœur autant qu’elle réconforte. Une mélancolie douce, jamais complètement triste, comme lorsqu’on retombe sur une vieille photographie et qu’on voudrait, l’espace d’un instant, retrouver les sensations qui l’accompagnent. C’est le genre de chanson qui donne envie de s’arrêter un moment, de laisser remonter les souvenirs et de regarder le temps passer sans chercher à le retenir. J’aime aussi énormément Les grands ensembles, le titre éponyme, qui donne à l’album une résonance particulière. Quand je me ballade dans la rue, je regarde les façades et les fenêtres et je me dis que derrière y a des vies qui se croisent sans toujours se rencontrer, des existences minuscules prises dans le mouvement d’un monde si vaste. Derrière le béton et les alignements, il y a les solitudes, les histoires ordinaires, les espoirs et les désillusions. Le titre semble contenir tout un paysage humain, à la fois familier et un peu vertigineux. C’est aussi ce que j’ai aimé en écoutant ce disque, percevoir la capacité à faire surgir des images et des sensations sans nous dicter ce que nous devons ressentir.
Tracklist
01 - L'indocile
02 - Essentiels
03 - 31 décembre
04 - Place des Abesses
05 - Adam
06 - Les grands ensembles
07 - Eté 82
08 - Gold mine
09 - Ma jolie
10 - Les gens sans visage
11 - Sens unique
25 septembre 2026
Les Disques Maladroits
www.feutre.bandcamp.com
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