Oscar les vacances - 14 amis dans la tête (2026)
Il y a peu de figures émergentes de la chanson française que je voudrais inviter à ma table, mais Oscar en fait partie. Regardez le nom qu'il s'est choisi. Dans certain cas, le pseudonyme est un drôle de masque. Là où beaucoup l'utilisent pour se protéger du monde, Oscar les vacances en fait un révélateur. Derrière l'ironie du nom se cache une mise à nu immédiate, une façon de montrer ses failles avant même la première note et c'est ce que j'adore en premier chez ce garçon.

Vous vous rendez compte qu’avec un nom pareil, évocateur de légèreté naïve et de nostalgie estivale, Oscar a décidé dès le départ d’assumer sa pluralité ? Aussi à l'aise aux baguettes qu'à la guitare, dessinant et réalisant ses propres visions, ce touche-à-tout insatiable façonne une épopée sonore théâtrale où se télescopent le drame d'une Dalida et l'efficacité pop-électro d'un Stromae. Il passe des synthés pop enfantins aux aveux névrotiques les plus sombres, il oscille, il se métamorphose et excelle dans chacune de ses contradictions jonglant du sautillant Ouh Ouh aux pulsions sombres du Méchant ou à l'absurdité clinquante de Cheval Cheval, avec à chaque fois une pensée acérée pour cette génération prise au piège entre ses angoisses et son désir fou d'exister. On est communément toujours troublé quand un individu ayant voué, à un moment de son existence, un culte au second degré et à la théâtralité pop, jusqu’à la maîtrise technique du morceau efficace, n'oublie pas d'y injecter une vraie gravité psychologique. Les artistes qui excellent à faire danser tout en disséquant leurs pires névroses sont forcément des modèles.
Je voulais commencer avant toutes choses par dire mon admiration pour Oscar les vacances et pour sa décision d'appeler ce nouvel album 14 amis dans la tête. Ce titre d’apparence ludique est en réalité un diagnostic clinique et poétique. Il exprime toute la mélancolie d’être saturé de soi-même, cette impossibilité d'habiter son propre esprit dans le calme. Le dégoût pour un quotidien absurde, hyperconnecté et violent n'arrête pas l'être meurtri. Au contraire, il est comme tous les autres, il aspire à s'évader du flux perpétuel. Notre esprit peut être déçu d’être enfermé toute une vie dans une seule enveloppe, avec un seul cerveau condamné à héberger une armée de voix contradictoires. La matérialité de notre solitude nous condamne à la mascarade. Mais par-delà ce regrettable constat, par-delà la lassitude de l'hyper-individualisme moderne, le vide existentiel de cette époque me pousse à chercher un refuge dans la musique, une terre propice à la sensibilité et au lâcher-prise. Fissa Fissa, le premier extrait impeccable (ou implacable, c’est selon) m'indique un remède, incertain certes, mais capable d’ôter un instant le poids de la solitude. Et quand il chante sur le splendide Tes mains « J'ai oublié mon chagrin dans tes mains / Tes mains me font vriller / J'aurais pu mourir dedans mille fois / comme de l'alcool à brûler / Trois mille degré dans ta voix... », ce titre résonne comme le chant d'un prisonnier de sa propre psyché, cherchant le salut dans l'autre jusqu’à l'incandescence, à la fois hyper-conscient et totalement dépassé par son chaos intérieur. Si Oscar ne prononce jamais explicitement le mot santé mentale marchandisée, il utilise tout le champ de la psychanalyse urbaine et du malaise contemporain du jeune adulte que ce soit dans l'amertume brute de Seum Seum ou l'adieu suspendu de Salut Sarah pour exprimer son dégoût de la performance de soi. L'art de vouloir être et ne pas subir.
Oscar ne cherche pas à faire de la grande théorie, car il a le désir ardent de souligner la vie. Celle des jeunes de sa génération en premier lieu, mais aussi celle de cette époque consumériste du sentiment. Non sans un humour grinçant, je ne fus pas étonné de retrouver dans certains de ses refrains un cinglant miroir me retournant comme une chaussette. Moi-même, je m'interroge sur ma propre théâtralité, sur mes postures de bonhomme déconstruit mais égocentrique, me battant avec mes propres « amis » toxiques dans ma tête tout en prétendant maîtriser le sujet. Le confort de l’autodérision ne suffit pas à faire tomber la mascarade, mais Oscar a le mérite de tendre le miroir sans concession. Et au final, il ne faut pas grand-chose pour voir la vie en rose, avec Oscar on oublie ses soucis. Ça fait du bien.
Tracklist
01 - Aveu_01
02 - 14 Amis dans ma tête
03 - Ouh Ouh
04 - Seum Seum
05 - Le Méchant
06 - Cheval Cheval
07 - ???
08 - Soleil en vrai
09 - Fissa Fissa
10 - Salut Sarah
11 - Au secours les vacances
12 - Alexandre
13 - Tes mains
14 - Aveu_02
25 septembre 2026
Ovastand Records / [PIAS] France
www.oscarlesvacances.com
www.facebook.com/oscarlesvacances
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