23 juillet 2019

Nous avons tous au fond de nous, une ou plusieurs histoires avec des albums, qu'ils soient grandioses ou pas. Pour des raisons personnelles, La Grand-messe marquera une période fantastique dans ma vie, l'ayant découvert lors de mon séjour à Montréal en 2005 et restera l'un des plus grands albums qu'il m'ait été donné d'écouter, car il aura eut un impact fort sur ma personne, ma façon de penser et d'agir. Amen.


 Le plus fort émotionnellement, car de chanson en chanson, il n'y aura pas un instant de répit, pas un tressaillement qui perturberait le long égrainage d'un enthousiasme possédé et révolté, d'une énergie languissante et pénétrante, d'une mélodie enivrante et déchirante. L'album s'ouvre sur une Intro de quelques notes de piano murmurées mais fortes, annonçant une explosion de sentiments : Les étoiles filantes. Et au bout du ch'min dit moi c'qui va rester... Quelques années plus tard, il reste tellement de choses... Tellement de mélancolies heureuses, tellement de souvenirs, tellement d'engagements, tellement d’émerveillements. Entre le militantisme et le bucolique, l'album dénonce et défonce les portes. Un cri, une alerte, il y a quinze ans déjà, cette joyeuse troupe de québécois donnait leur voix pour réveiller les consciences. Plus rien, ce manifeste apocalyptique est le plus beau témoignage du combat que s'est lancé le groupe. Sur scène, le morceau progresse, oppresse, atmosphère lourde et pourtant si légère qui envoûte littéralement l'espace, dévore chaque recoin de notre attention. Comment sortir de ce moment totalement insensible ? Des causes au cœur, Les Cowboys Fringants deviennent la voix, la lumière dans cette obscurité qu'est notre futur. Pendant qu'les rivières coulent à flots / Certains font de l'argent comme de l'eau / Sans se soucier des écosystèmes / C'est ben plate à dire mais ç'a l'air / Qu'c'est ça l'noeud du problème ! / Hey ! - 8 Secondes

Moi j'verrais un pays
Qui ferait un compromis
Entre les mots écologie
Justice et économie
Parce que bien avant ma patrie
Et toutes les politicailleries
J'prône les causes humanitaires
Et chuis amoureux de la Terre
Lettre à Lévesque

 Dans La Grand-messe, on se sent possédé par les notes, attiré par les mélodies, parfois tristes, mais si belles. Quand Hannah passe ses soirées sur Internet à chercher le sens à donner à sa vie, ou quand les peines de cœur sont trop lourdes : Ça fait que j'vas m'fermer la gueule / Pis continuer mon ch'min tout seul / Avec mon p'tit coeur dans les shoe-claques / Pis ton sourire dans mon pack-sack  / Mais tsé tu peux m'rappeler pareil / T'es comme mon p'tit rayon d'soleil / Dans ce monde complèt'ment fucké  / Où j'aurais p't'être eu besoin d'toé... - Ces temps-ci (et pourtant si magnifique) ou quand La Reine a repris ses ailes / Pour partir vers un monde un peu moins cruel / Et même si elle croyait pas en dieu / C'est sûr qu'elle vole queq'part où l'ciel est bleu. Si les paroles des chansons de cet album sont très intéressantes, c'est qu'elles sont sublimées par la musicalité dont la multi-instrumentaliste Marie-Annick y est pour beaucoup. Du début à la fin, l'inventivité musicale bat son plein. Le plein d'émotions. La messe est célébrée solennellement. J'ai le cœur qui vibre, j'ai le cœur qui scintille, j'ai le cœur qui frémit quand elle pose ses lèvres sur le micro pour chanter Ma belle Sophie... Loin d'être une vulgaire définition de la mélancolie, cette chanson explore toute les richesses du chagrin, de la désolation, de la peine. Elle traque, dévoile, révèle, identifie la solitude et la tristesse, et l'expose pour en faire une force. Celle de pouvoir relever la tête. Une particularité profonde et puissante chez Les Cowboys Fringants. Cette profondeur est rare, une profondeur remplie de joies, d'espoirs bienvenus, c'est là que se situe le génie de l'album : dépeindre la platitude de ce monde en réussissant à faire pousser une fleur sur le bitume.  Mais loin de vouloir se fourvoyer dans un étalage hasardeux de leçons et tomber dans le pathos, le groupe place son énergie sans retenue, sans artifice et en toute honnêteté dans cette culture du hamburger : Si la vie vous intéresse / Vous êtes à la bonne époque / Venez célébrer cette Grand-messe / Vous vous sentez inutiles ? / Consommez ! On a du stock / Pour combler l'trou de vos vies serviles ! 
Un peu comme dans Si tu penses un peu comme ça la conclusion douce-amère, épilogue génial qui résume parfaitement ô combien la joyeuse bande de Québécois aiment pointer le doigt sur les vices de notre époque, sur ses failles mais aussi sur ce qui pourrait la sauver. Nous sauver. Personnellement, ça fait longtemps qu'ils m'ont sauvé. Et ça a commencé avec cet album, à Montréal, le 25 janvier 2005 à La Tulipe, sous une pluie d'étoiles filantes... Mes premières...


Tracklist
01 - Intro
02 - Les étoiles filantes
03 - Ti-cul
04 - 8 secondes
05 - Plus rien
06 - Hannah
07 - Symphonie pour Caza
08 - La reine
09 - En attendant
10 - Lettre à Lévesque
11 - Ces temps-ci
12 - Ma belle Sophie
13 - Shish Taouk
14 - Camping Ste Germaine
15 - Si la vie vous intéresse
16 - Epilogue : si tu penses un peu comme ça

23 novembre 2004
La Tribu

www.cowboysfringants.com

2 commentaires

Une jolie chronique qui m'amène des étoiles (filantes) dans les yeux, de douceur et d'émotion. Un très bel album, celui par lequel j'ai redécouvert le groupe dont je connaissais déjà Les étoiles filantes et quelques autres, et que j'avais vu une fois en concert auparavant. Et cette manière de traiter des thèmes très sérieux, voir tragiques, sur des mélodies enjouées (8 secondes ou La reine), de nous prendre aux tripes sur des titres plus tristes et en douceur, et puis Marie-Annick Lépine au violon ou à l'accordéon (pour les plus présents, sans compter les autres instruments). Et j'imagine bien l'importance qu'il peut revêtir pour toi qui l'as découvert là-bas, dans leur beau pays.
Merci pour cette chronique méritée du meilleur album du meilleur groupe de rock québecois du monde !

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"Meilleur album du meilleur groupe de rock québecois du monde !"
Cette phrase est belle ! :=)

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