Sur les flots de la Chanson Française à quelques encablures d'un Dominique A sous un vent houleux, d'un Bertrand Cantat pour l'écume des mots, d'un Léo Ferré à la barre de la narration, Iaross sort un nouvel album aux couleurs rock et à l'odeur de poésie. Très vite confiant, je navigue à vue à la découverte du trio montpellierain. 


Je traversais la France du Sud à l'Ouest à bord de quelques TER lorsque j'ai lancé Apnée. Autour de moi, les paysages se décomposèrent comme mes pensées se sont évaporées. Ma lecture fut remplacée par l'aspirante grande fenêtre devant moi. Des sensations jaillirent de terre. Autour de moi tout disparaissait puis tout prenait un sens. Le ciel se drapait de nuages percés de rayons de soleil et je me suis vite retrouvé tout entier pris dans les volutes de mots qui frappent. Dès La vitesse, premier morceau introductif et expéditif de l'album. Quand tout va trop vite dans ce monde, je retrouve vite mon casque et je prends le large. Avec des albums comme celui-ci, c'est plus facile. Ce quatrième album de Iaross est un grand huit émotionnel, il me secoue, me remue les tripes par la force de ses textes, me fait ressentir une multitude de sentiments différents bercés par des mélodies enivrantes, envoutantes. Difficile de trouver plus original et éclectique. Je me dis : "Oh on dirait que ça ressemble à ce groupe", puis le morceau suivant à un autre, puis un autre...  Et au final je ne trouve pas. Faut dire que l'écriture des textes et les thèmes sociétaux abordés me perturbent. Quelque part entre Noir Désir et Melissmell, ils variés et profonds. Des vers qui retiennent mon attention. Par exemple Pantins, L'incendie, La nuit nous appartient (huit minutes d'extase) pour ne citer que ces morceaux puissants. Vibrants. Aspirants. Ils t'aspirent dans un univers organique, où s'enlacent dans des ébats érotiques un peu de noise, un peu de chanson française, un peu de rock alternatif. Les arrangements minimalistes, soignés, un chant récitatif, émouvant, papier buvard de toutes les attentions font qu'à chaque fois que j'arrive à la fin du disque (dont on y trouve la superbe reprise La mémoire et la mer de Léo Ferré - alors là bravo les mecs ! Vent fou est magnifique aussi) j'en sors toujours un peu bouleversé et avec un besoin d'être ventilé, non pas parce que le moment fût éprouvant, mais plutôt par l'écrasante et délicieuse intensité que cet album peut dégager comme sensations. A travers la fenêtre du train, les paysages reprennent leur forme normale. Les rayons de soleil ont vaincus les nuages. Le ciel est bleu comme une mer calme. 


Tracklist
01 - La vitesse
02 - Pantins
03 - Barbarie
04 - Ni pour eux, ni pour dieu
05 - L'incendie
06 - La nuit nous appartient
07 - Horizon
08 - Demain
09 - Une fleur
10 - En marche
11 - La mémoire et la mer
12 - Vent fou

19 novembre 2021
Label Folie