Tantôt tendre, tantôt espiègle comme toujours, l'équilibriste des mots Benoît Dorémus est de retour avec - je trouve - son plus bel album à ce jour. Qui m'émeut le plus en tout cas.


Non non il n'est pas mort, oui oui il est connu Benoît Dorémus, et il continue son bonhomme de chemin de saltimbanque avec un cinquième album qui s'intitule joliment Désolé pour les fantômes et sublimé par le brillant photographe Yann Orhan. Alliant toujours avec talent balades attendrissantes et chroniques quotidiennes expressives, nous voilà gâté par quatorze nouveaux titres. La première fois que j'ai écouté l'album, à la fin d'un morceau il me tardait de découvrir le suivant tellement j'étais emballé par tant de chouettes nouveautés.

Dès la pièce introductive, On croit en moi, le chanteur annonce le menu de cette galette avec un morceau superbement bien construit, basé sur un crescendo répétitif et enjolivé par un phrasé intense aux frontières du rap. Par ce titre rétrospectif, Benoît Dorémus fait le point sur sa place dans le milieu, un yeux sur le rétroviseur, un yeux sur le présent, non sans un brin d'ironie, de lucidité et de modestie. Pour la suite, il enchaîne avec un magnifique La danseuse blessée, Teinte de tendresse et d'humour me plongeant dans la poésie de ce grand opéra de la vie quand l'amour fait son show. Outre ces deux premiers morceaux qui m'apportent chacun leur lot de sensations différentes, c'est avec le terrible, l'incroyable Pour une raison quelconque que je retrouve définitivement le Benito que j'aime depuis longtemps ! (merci Renaud) D'une simplicité grandiose, on pourrait bêtement croire à un morceau bouche-trou et pourtant... Il chante, il narre son quotidien, j'écoute et quelque chose de fort se passe pour diverses raisons... quelconques... Dans le même style, j'apprécie énormément Je retiens les dates des morts. C'est loufoque sans jamais tomber dans l'absurdité, le bon sens répondant toujours à l'appel. Véritable funambule des mots et beau représentant de la langue française, l'auteur propose également sur ce nouveau disque une musicalité riche et variée : guitares classiques parsemées d'electro, de rock, un piano par-ci, des kazoos par-là. Ce disque est riche ! Riche de surprises également avec deux beaux duos. D'abord avec un Bénabar en forme pour l'hilarant Drague la mère, et avec l'émouvant Désolé pour les fantômes dont la jolie voix de Clio offre une vive couleur d'émotions au titre éponyme. Ici, pas de point culminant avec un titre plus beau que les autres sur ce bel album, ils défilent tous comme sur un long fleuve tranquille avec des escales toutes chargées d'émotions et de belles énergies. Qu'ils soient envoûtant (C'est toujours tout droit) ou touchants (Douze ans sans te voirPas d'enfant) les titres défilent sans vraiment sans rendre compte mais quand arrive la fin de Tu m'inspires plus rien, je me dis qu'il livre ici un album virevoltant à la fois riche de subtilité et d'intensité, le tout dans une superbe poésie contemporaine. Et sans nul doute le plus abouti et le plus captivant de sa belle carrière. J'y retourne !

Cette nouvelle œuvre de Benoît Dorémus n'exigera de vous aucune patience ni d'écoute attentive, car le potentiel créatif considérable de cet auteur-compositeur-interprète fait qu'on apprécie son univers très vite et à sa juste valeur. Désolé pour les fantômes est un régal !

Tracklist
01 - On croît en moi
02 - La danseuse blessée
03 - Pour une raison quelconque
04 - Drague la mère (en duo avec Bénabar)
05 - Chloé au lit
06 - Désolé pour les fantômes (en duo avec Clio)
07 - Je retiens les dates des morts
08 - Un simple rappel à la loi
09 - Passé récent
10 - Douze ans sans te voir
11 - C'est toujours tout droit
12 - Pas d'enfant
13 - Je reste au mois d'août
14 - Tu m'inspires plus rien

25 février 2022
Déjà / L'autre distribution

www.benoitdoremus.fr