Plus je regarde la télévision, plus j'ai besoin de m'échapper avec de la musique aux textes incisifs et forts, écrits sous pulsion. Je cherche toujours un assemblage de mots qui frappent, quelque chose de culturellement puissant pour m'éloigner de l'anxiété oppressante de cette vie. Et souvent, je trouve...

Pour cela, Serge de York débarque à point nommé avec un univers qui fusionne la férocité du rap et les grandes mélodies de la chanson française. Un artiste comme je les aime, qui s'élève en gardant les pieds sur Terre et nous entraîne dans son sillage. Les mots et le chant en avant, Serge de York débarque dans les bacs avec un premier album qui s'intitule Au Nord de nulle part en clin d'œil au Sud de nulle part de Charles Bukowski. Comme l'auteur américain, Serge de York jette un œil avisé sur la vie pour conter la folie ordinaire dont nous avons besoin pour affronter les affres de notre existence. Je lance l'album et il m'élève... En surface ouvre la galette de neuf titres. Très rapidement, le refrain m'est familier et, n'importe quel auditeur se mettra rapidement à chanter. C'est mon cas. Très vite je glisse Serge de York entre les univers d'Eddy de Pretto pour la prestance du chant et d'Hervé pour le coté fédérateur et aspirant. Un autre tourment qui fait que les thèmes de l'univers du chanteur me parle terriblement, est l'absence du père avec le poignant A toi mon père. Trempant également ses compositions dans un bain de boucles électro scintillantes de celles qui nous enveloppe, Serge de York réussit en quelques mesures à nous imposer avec ce premier extrait en vidéo-clip (voir plus bas) son univers lancinant et puissant. Dans le même style mouvant d'émotions, je retiens près du cœur Mélancolie. Celle qui attaque au réveil, qui détruit à petit feu. Comme celle qui est nourrit par les crises d'angoisse que les médias alimentent, par l'attente oppressante des autres, par le néant des réseaux sociaux... Plus de quinze ans après la mélancolie de Christophe Miossec, je plonge pour me guérir dans celle de Serge de York - qui au passage s'inscrit totalement dans la lignée de ces chanteurs qui décomplexe la chanson française. Bien qu’ayant une première approche un peu morose (en surface), le jeune chanteur à l'âme nue, à le bon goût de ne plomber l'ambiance à aucun moment et crée à chaque titre un univers dans lequel il fait bon de se reconnaître, se retrouver, se libérer. Mais pas si sombre que ça, quand s'en suit par exemple Embrasse-moi d'abord et le dansant à coup d'électro fiévreux : Boite de nuit. Parce que derrière le cynisme, le valium, les anti-dépresseurs, les regrets, les douleurs du passé, le bonheur préfabriqué, il y a chez cet oiseau de nuit fragile et hypersensible une fureur d'aimer et de vivre pleinement. Un album thérapie haut la main qui se termine par le grandiose morceau Au revoir, à jamais qui remue à lui seul tous les sentiments que j'ai pu me procurer à travers les huit titres précédents. Merci pour les larmes et les frissons. 


En somme, je risque de détester les gens, les médias, les radios, le public, le système, le monde entier si ce premier album magnifique ne propulse pas très rapidement Serge de York dans la cour des grands. 

Tracklist
01 - En surface
02 - A toi mon père
03 - Mélancolie
04 - Embrasse-moi d'abord
05 - Boite de nuit
06 - Le grand complot
07 - Ciel brouillé
08 - Au fond du bain
09 - Au revoir, à jamais

Le 18 février 2022
La Couveuse / Baco Distribution

www.facebook.com/SergedeYork