Comment découvrir et écouter le reste de l'album quand il commence par Dernier appel de la forêt ? C'est clairement - à mon goût - la plus belle chanson de l'année. Parce qu'elle est grande, parce qu'elle est intense, parce qu'elle n'est pas si facilement accessible. Parce que ce titre annonce encore une fois que Dominique A, adepte de l’art du contre-pied, ne se repose pas sur ses lauriers, et pousse sa création hors des limites du confort pour ce nouvel album. Parce que ce titre me fait aussi penser à ce qu'il avait dit à propos de l'album Laughing Stock de Talk Talk : "C'est une musique inépuisable, dont on ne fait jamais le tour, parce qu'on ne peut pas comprendre comment elle a été conçue... Elle n'assène rien, elle contemple. Elle amène à contempler..." L'introduction et la liberté des mélodies de "Dernier appel de la forêt" me font penser à ce que Mark Hollis proposait dans les créations de Talk Talk.*
Sept minutes d'apothéose émotionnelle qui va-et-vient par vagues de mélodies majestueuses. Le chant s'étreint de l'instrumentation pour nous narrer l’inquiétude face au temps qui passe autant qu’à l’urgence climatique. De toute beauté.
Donc dès que j'ai eu l'album dans les oreilles je ne me suis arrêté qu'à ce premier titre, l'écoutant sans cesse en boucle. Obsessivement. Une fois l'avoir bien épuisé, je me suis laissé saisir par le reste de l'album. Sans regret. Avec cette même direction musicale, les titres se succèdent, tantôt tendus, tantôt plus apaisés, l'auteur traduit le monde qu'il observe comme à son habitude et nous le partage avec ses mots, son ironie, sa lucidité, sa tendresse. Grâce à tout ça, ses paroles et sa poésie m'offrent un refuge non négligeable dans ce (Le) monde réel On nous avait bien prévenu / Il n'y aurait pas de répit / Ni de pitié que des réveils / Brutaux, sous des astres fiévreux / Que pour glaner quelques merveilles / Il faudrait se salir les yeux / Ce n'est pas sous une pluie de feu / Que l'on se met à l'aquarelle... Entre mélancolie du temps effacé et inquiétude d'un futur imprévisible quand arrive ce genre de disque je respire, je l'écoute et je coupe les écrans.   
Avec les autres titres, Dominique A réussit une nouvelle fois, à avoir non seulement toute mon admiration (Désaccord des éléments magnifique, Le manteau retourné de l'enfance) mais également à me proposer une quiétude aérienne à point nommée (Les roches, La maison...), celle-ci étant désormais sérieusement dilatée par mon rapport au monde actuel. J'ai l'impression de me trouver de moins en moins sensible à ce que la vie peut me proposer de beau, avant -ouf- ce genre de rencontre poétique, mélancolique, vitale, frappante, grande. Grandiose. 


Tracklist
01 - Dernier appel de la forêt
02 - Avec les autres
03 - Nouvelles du monde lointain
04 - Les roches
05 - Désaccord des éléments
06 - Le manteau retourné de l'enfance
07 - Le monde réel
08 - Et tout le monde comme des toupies
09 - La maison
10 - Au bord de la mer sous la pluie

16 septembre 2022
Wagram Music / Cinq 7


www.dominiquea.com

* (Je ne l'avais pas lu avant d'écrire cette critique, mais Dominique A parle de la référence au travail de Mark Hollis ou de Spain pour la conception de l'album, comme quoi je ne dis pas souvent des conneries par ici...)