Signal Faible - Nom de domaine (2023)

Coup de cœur actuel, Nom de domaine fait sans aucun doute partie des œuvres musicales les mieux foutues que j’ai pu entendre cette année du point de vue de la réalisation et d'authenticité. Voilà une production qui donne sens au principe même d’album, je vais mettre ce génie de Nicolas Falez alias Signal Faible dans mes remerciements de fin d'année musicale.

Il ne voulait pas d’un album solo, il ne voulait pas d’un autre groupe, lui qu'on a pu croiser dans Superflu ou Fontaine Wallace (Chroniqué ici). Il avait des chansons alors il nous propose aujourd'hui Signal Faible. Artisanat folk-pop indé façonné en partie dans le bocage mayennais que je connais bien pour y passer des weekends dans la belle-famille. Ça me donne un goût particulier par conséquence. C'est qu'il ne se passe pas grand chose dans cette belle Mayenne, enfin je ne fréquente que le cœur profond de son territoire où le temps semble s'être arrêté et la culture hélas quasi inexistante. Alors c'est cool de coller à ces paysages, une musique aussi agréable à écouter. Enregistrer loin des conventions d'un studio classique, Signal Faible capture la fragilité qui fait le charme de la vie. Une atmosphère paisible, un parquet qui grince, ou un oiseau qui chante s'invitent dans ces chansons ornées du bois des guitares, du cuivre des trombones et de la chaleur des voix.

L'aventure musicale de ce disque commence au printemps dernier où chaque mois, Signal Faible dévoile un single assorti d'un clip fait-maison. L'idée de génie pour découvrir goutte à goutte ce projet qui nous déconnecte d'une certaine convention numérique. On y découvre visuellement des lieux de vie et ses détails d'un quotidien dont on ne prête plus guère attention si on ne lève pas son nez des écrans. Une grange, un étang, des chemins de campagnes, des archives intimes, tout ça filmé avec les moyens du bord, mais des vrais moyens touchant…

L'album commence avec le joli morceau L’Antijumeau qui énumère les fratries emblématiques du cinéma sur fond de fracture sociale. Une excursion culturelle en musique qui me rappelle certaines histoires de Vincent Delerm, sans comparaison évidente. Un premier titre oscillant entre lo-fi et folk qui nous embarque dans un endroit aux antipodes de notre quotidien ultra connecté. Nom de domaine c'est aussi un projet de voix, d'amitié qui s'invitent sur le second titre très joli et envoûtant qu'est Soustraction. On y retrouve Bertrand Betsch, Julie Bonnie, Alexandre Delano, Julie Gasnier, Gontard, Lonny, Nesles, Julien Orso- Jesenska et Silvain Vanot. C'est sublime. Bocage nous confirme l'expédition loin des villes, comme une invitation à une respiration, à un retour à l'essentiel. Des textes jusqu'aux cordes lancinantes de la guitare, la poésie est partout. Elle se balade en nous tendant la main en direction de paysages musicaux délicieux. Brome et Superflu se font l'écho sur les ondes de Signal Faible en présentant de très belles nouvelles versions de Ce soir particulier et Une lumière neuve (pour cette vieille nuit), deux pièces musicales qui évoquent un précieux héritage de Nicolas Falez. Dans ces vapeurs champêtres et buissonnières où l'odeur de la mélancolie et de la nostalgie est aussi douce que les couleurs d'automne de nos feuillages, je me laisse flâner par des titres que j'aime énormément comme Alien ou Pizza dont les compositions et l'écriture me rappelle que cet album m'envoie un signal fort. 2023 s'habille encore une fois d'une très belle œuvre musicale française, et le mot est faible.


Tracklist
01 - L’antijumeau
02 - Soustraction
03 - Bocage
04 - Par ta petite tête
05 - Pizza
06 - Alien
07 - Ce soir particulier
08 - Billy cheval
09 - Une lumière neuve (Pour cette vieille nuit)

03 novembre 2023
Microcultures Records


plus d'infos : https://linktr.ee/signalfaible

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