Marc Nammour & Loïc Lantoine - Portraits Crachés (2026)
20h30: Fin de journée une musique diffuse.
Tony
Dans le salon baigné par une lumière déclinante, une musique diffuse commence à saturer l'espace. Il est là, immobile. Ses cheveux sont en bataille, encore emmêlés par le vent d'une journée de plein air. Il savoure cette sensation délicieuse, ce luxe propre aux vacances de perdre le fil des heures, de disparaître enfin dans l'absence. L’anxiété s'est évaporée, laissant place à un moral retrouvé. Comme toujours. En short, les pieds nus sur un parquet qui exhale encore la chaleur du jour, il observe derrière les carreaux le spectacle final. Le soleil se couche dans un orangé brûlant, un éclat de fin d’hiver qui semble tuer les ombres et consoler des semaines de grisaille. C'est un soleil qui promet le printemps. Dans les enceintes, les voix de Marc Nammour et Loïc Lantoine s'invitent sans demander la permission. Il est censé écrire, poser une chronique sur le blog, mais sa page reste désespérément blanche. Il traîne. Le temps s'est suspendu, littéralement accroché aux scansions chirurgicales de Marc et aux brisures rocailleuses de Loïc. Chaque phrase qui tombe est un puzzle de mots qu'il tente de rassembler dans la lumière rasante. En écoutant ces héros ordinaires, il se sent redevenir un homme simple, dépouillé de toute fonction sociale, rendu à sa propre liberté. L’album se diffuse dans l'air. Il voit défiler onze visages, onze destins, onze couleurs, tandis que le disque arrive à son terme. On dirait que le soleil a attendu la dernière note pour disparaître également. Il va falloir écrire maintenant. Poser des mots sur cette humanité qui vit. Mais pour quelques secondes encore il reste là, immobile, les pieds dans le silence de la pièce et la tête encore pleine de leur poésie. Une question le traverse. Ce disque cherche-t-il à toucher ? La réponse est une évidence, il l'a atteint, en plein cœur.

Portraits crachés, de Marc Nammour et Loïc Lantoine, fait partie de ces albums qui vous fixe droit dans les yeux, qui chante à hauteur d’auditeur, et qui, parfois, nous crache au visage mais pas pour un quelconque mépris, juste pour nous réveiller.
Œuvre hybride à la croisée du rap, de la "chanson pas chantée" et du théâtre. Sur une musique organique où se mêlent rock, jazz et textures électroniques, Nammour et Lantoine prêtent leurs voix à onze figures de l'ordinaire. Entre prose et rime, narration et incarnation, ce projet livre un poème choral puissant, explorant avec une lucidité sans faille l’étrangeté de notre monde et le refus de la résignation. Un disque que l'on écoute d'une traite. Un soir où la lumière tombe trop vite. Moment parfait pour mieux observer, dès les premières minutes, quelque chose qui se tend. Une sorte de fil électrique entre deux voix que tout semble opposer. D’un côté, la scansion ciselée de Nammour, héritée du souffle du hip-hop et des colères rentrées ; de l’autre, la diction cabossée de Lantoine, cet art si particulier de parler-chanter comme on viderait un verre en fin de nuit. Marc et Loïc ne font pas un duo, ils sont la friction d'une étincelle permanente du premier jusqu'au dernier titre. Portraits crachés déploie une fresque humaine à travers onze récits de vie. Entre éclats d'intimité et miroirs de notre société, ces incarnations portées à la scène dessinent une ronde de personnages pluriels. Une succession de témoignages à la première personne qui, tour à tour, font battre le cœur d'un monde aussi étrange que familier. J’y entends des échos de Léo Ferré pour la rage poétique, la façon de mordre les mots jusqu’au sang mais aussi l’ombre fraternelle de Jacques Brel, dans cette manière d’habiter chaque syllabe comme une scène entière. Pourtant, rien ici ne sent la révérence ou le pastiche. On est dans l’urgence contemporaine, éponge d'une époque qui gronde où vivent les silhouettes fatiguées qu’on croise sans les voir vraiment. C'est ce que je ressens. Ce que je pense. C’est cette densité qui me parle. Les textes fouillent, soulèvent les pavés pour regarder dessous. Ça parle d’identité, de fractures sociales, de mémoire, d’exil, sans slogan, sans pose. Juste avec cette sincérité rugueuse qui doit faire mal pour finir en bien-être. À plusieurs reprises, je me suis surpris à revenir en arrière, pas que pour comprendre, mais pour ressentir encore. Un second passage pour finir le travail en moi. Musicalement, l’écrin est sobre, joliment nerveux. Les arrangements soutiennent, accompagnent, laissent l’espace aux mots. J'ai l’impression que l’album me donne des lunettes nouvelles pour mieux observer ces portraits. Tout devient plus cru, plus vibrant et surtout plus fragile. La fragilité c'est la sensibilité. Ce sont les conséquences de ces “chansons engagées” avec une pointe de condescendance et dans ce disque, l’engagement n’est pas un drapeau, c’est une cicatrice. Je préfère mille fois cette vérité-là, imparfaite, heurtée, mais vivante. Au final, difficile de ne pas relancer la lecture. Un peu scotché. Un peu reconnaissant aussi.
Tracklist
01 – 20H30: Salon familier en fête
02 – Franck
03 – 20H30: Au fond du lit
04 – Bintou
05 – 20H30: Scénic – Porte de Clichy
06 – Rebecca
07 – 20H30: MJC Les rosiers
08 – Sophie
09 – 20H30: Chambre des parents
10 – Yacine
11 – 20H30: Étang D’Hazebrouck
12 – Dylan
13 – 20H30: Petite maison dans la prairie
14 – Sylvia
15 – 20H30: Local de la rue Pradel
16 – Olga
17 – 20H30: Restaurant un peu trop cher
18 – Mathieu
19 – 20H30: Boudoir Barre le Duc
20 – Bernard JR
21 – 20H30: Bat B – 5ème étage – Porte droite
22 – Thomas
30 janvier 2026
La Station Service / L'autre Distribution
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