Daguerre - Corps Voyou (2026)
Trois ans après Virages, dont je suis honteusement passé à côté*, Olivier Daguerre revient hanter mes écouteurs avec un opus au titre évocateur de Corps Voyou. Si l’on connaissait l’artiste pour sa plume ciselée et sa sensibilité d'écorché vif, il signe ici un album d'une densité rare, où l'élégance de la chanson française vient se frotter à l'urgence d’un rock sans frontières.

* En vrai, je me suis éloigné depuis l’album La nuit traversée sorti en 2017 sans trop savoir pourquoi. Mais après tout, pourquoi s'infliger une pénitence plus longue ? Je ne vois pas au nom de quoi je me priverais de revenir frapper à la porte, surtout que j’imagine qu’elle est enfoncée avec une belle maestria. On ne boude pas son plaisir quand les retrouvailles ont ce goût d'évidence, n’est-ce pas ? Du coup c’est tout entier que je plonge dans ce Corps Voyou où il semble être l'histoire d'un homme qui accepte ses cicatrices tout en les transformant en or noir. L'album s'ouvre sur une tension palpable avec Un sujet qui fâche, sorte de blues moderne où la voix, plus profonde encore et aussi habitée que jamais, semble porter le poids de mille routes. Pas d’entrée en matière formatée, il m’attrape sans prévenir. Moi cette voix nue, à vif, ça m’fait quelque chose et tout de suite je raffole de cette sensation d’être pris à témoin. D’être embarqué dans ces mélodies ciselées où le texte reste, comme toujours chez lui, la pièce maîtresse. Un nouvel album pour confirmer qu’il fait plus que jamais partie de ces rares artistes à savoir marier la belle chanson à une électricité jamais feinte. Avec Marge de manœuvre, il sculpte des images et revient me dire que j’ai raison quand je pense à du rock sans frontières. Il y a de la couleur, de la sueur, du désir, de la mélancolie, mais surtout une incroyable vitalité. Nulle part c’est le constat électrique d'une humanité qui tangue sans jamais sombrer. Ensuite Dandy Bandit, et la musique déborde. Je retrouve (encore une fois) mon Daguerre de 2008 quand il m’a pris le cœur avec son ivresse.
Après la superbe du dandy, l'album s'autorise une respiration d'une pureté désarmante avec Un autre hiver. C’est le moment où le blouson de cuir est posé au pied du lit. Dans une mélodie épurée, Daguerre chante avec une douceur qui serre la gorge. C’est une berceuse fragile, une chanson d'amour délicate, une complainte mouvante, chantée au milieu des décombres, une promesse de chaleur alors que dehors, les plumes et le goudron attendent toujours. On y entend cette volonté farouche de protéger l'innocence, l'inconscience des moments, malgré la dureté du monde. Puis, on bifurque vers La diagonale des fous, véritable dérive poétique. Elle m'évoque cette ligne de crête sur laquelle nous marchons tous, ce point de bascule entre la raison et l'abandon. Daguerre invite à sortir des sentiers battus, à embrasser nos propres trajectoires erratiques. Musicalement, je ressens cette tension, loin de la ligne droite. C’est pas vrai que les plus beaux chemins sont souvent les plus sinueux ? Des oiseaux de feu vient embraser mes écouteurs. C'est le versant rapide, fiévreux et résolument électrique de l'album. La basse emporte tout, transformant le chant en un funambule qui court sur un fil barbelé. C'est rock, c'est brut, et ça fait un bien fou. Le cœur léger, se réinventer… C’est d’ailleurs sous la métaphore fascinante de La prestance des pieuvres que se cachent nos capacités d’adaptation et nos bras que l’on déploie pour saisir la vie, pour se défendre d’amour. Quelle élégance, on s’approche de la fin et on respire toujours un peu mieux. L'album se clôt sur Un peu d'espace qui ouvre finalement les fenêtres. Incroyablement beau. Magnifique. Au moment d'écrire ces lignes, la dernière minute du disque s'est accompagnée d'un soleil éblouissant, venu déchirer les nuages qui dansaient jusqu’alors devant mes fenêtres. Cette fin de titre est juste sublime. Après avoir exploré les replis du corps et les tourments de l'âme, Daguerre apporte de l'air. C'est une bouffée rock, pas vraiment apaisée malgré le temps qui passe mais élargie où sa musique me laisse là sur le carreau, sur une note d'espoir, un sourire malicieux au coin de la bouche.
Tracklist
01 - Un sujet qui fâche
02 - Marge de manœuvre
03 - Nulle part
04 - Dandy Bandit
05 - Un autre hiver
06 - La diagonale des fous
07 - Des oiseaux de feu
08 - Corps voyou
09 - La prestance des pieuvres
10 - Un peu d'espace
20 mars 2026
Baboo Music / Kuroneko
www.facebook.com/DaguerreOfficiel
www.daguerre.mu
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