Harbinger - Wavesyzer
Découvrir Harbinger c'est comme ouvrir une porte qui ne donne sur rien de terrestre. C'est mon impression. Ce n'est pas une simple écoute, c'est une bascule. Dans Wavesyzer, le son ne cherche pas à remplir l’espace, il le plie, le retourne, lui donne un nouveau visage, une nouvelle couleur.

Derrière Harbinger, il y a Geoffroy Bon, ancien batteur de Métro Verlaine, et ça s’entend. Il y a une pulsation organique dans ces nappes synthétiques, une respiration presque humaine sous les séquenceurs. Ce n’est pas froid, jamais. C’est une musique habitée. À la découverte de cet album, je ne me contente pas de reconnaître les influences de l'artiste. Il y a des échos de Jean-Michel Jarre dans les envolées cosmiques, quelque chose de Kavinsky dans ces nuits urbaines qui défilent à toute vitesse derrière les paupières, et cette capacité à faire danser la nostalgie comme savait le faire Daft Punk. Moi je pense aussi à Zombie Zombie pour le côté krautrock et expérimentale, à FM84 pour cette immersion par vagues, à Il Est Vilaine pour le côté électro sombre et hypnotique.
Nova m’explose en plein visage comme une étoile incandescente, ouvrant le voyage dans un ciel électro cosmique. Solar réchauffe de sa lumière synthétique, pulsation solaire qui guide mes pas dans cette odyssée sonore. Quand Krelus résonne, je me retrouve perdu dans un monde fictif, un astre inventé où chaque séquence devient un paysage à explorer. Les lunes entrent en scène avec Phobos, orbite rouge de Mars, qui fait vaciller entre tension et transe. Puis après Hyperion vient Titan, vaste, majestueux, et chargé d’une énergie qui fait flotter au-dessus du sol, suspendu dans la gravité de la musique. Ce nouvel album est une capsule temporelle, un sas vers l’infini, un peu comme si j’avais atterri sur Arrakis. Si l’album semble à première écoute composer une odyssée musicale autour du système solaire, chaque titre, il y a en réalité des couches plus profondes. Derrière cette façade cosmique se cachent des références à la mythologie grecque qui ajoutent une dimension épique et intemporelle à l’écoute. Et pour moi, grand admirateur depuis quarante ans de Pégase, il est fascinant de me rappeler comment Harbinger, douzième chevaliers d'Or, est devenu le nouveau Grand Pope après la bataille contre Saturne. En même temps qu'écrire cette chronique et écouter l'album je regarde ma figurine qui prône fièrement dans ma bibliothèque et ça m'colle de belles sensations. "Brille mon cosmos". Ce qui me plaît également dans ces six titres, c’est la sensation de mouvement permanent. Chaque morceau est une trajectoire. Je ne suis pas face à des titres, mais en présence de passages, de sas, de dérives. Par moments, je me sens aspiré dans une boucle hypnotique, presque méditative. Je pense, je subis, je vis. Puis soudain, tout s’ouvre, comme une explosion contenue trop longtemps. Il y a quelque chose de très visuel dans cette musique. En fermant bien les yeux et en ouvrant le reste, je vois des autoroutes désertes, des lumières urbaines un peu floues, des corps en sueur. Mais ce ne sont pas des images imposées, ce sont les miennes, générées par les textures sonores puisque Harbinger ne raconte pas, il suggère par sa création. Et c’est précisément là que c'est puissant. C'est un disque qui s’infiltre, qui demande un peu d’abandon de soi-même. Une fois que l'auditeur a lâché prise, il embarque loin, très loin, dans une dérive rétro-futuriste où le temps semble se dilater. Et dans cet espace-là, je m’y perds avec plaisir.
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Tracklist
01 - Nova
02 - Solar
03 - Krelus
04 - Phobos
05 - Hyperion
06 - Titan
20 mars 2026
Night Night Records
www.facebook.com/harbinger.musicinspace
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