øllø - Unreal Landscapes (2026)
J'ai répondu les yeux fermés à l'invitation de Sylvain de Night-Night Records (Ô Lake, Kevin Rousseau). Une seule écoute d'une traite et j'en suis ressorti avec cette sensation cotonneuse, celle qu'on éprouve juste avant que le réveil ne vienne briser un rêve trop beau. À travers des textures sonores organiques et des nappes éthérées, l'artiste nous invite à une dérive contemplative où le temps n'est beau que quand il est figé. C'est une véritable architecture de l'invisible qui se déploie, transformant chaque morceau en un refuge pour l'esprit.

Le mien d'esprit est en quête de ces moments. Dès les premières notes, j'ai compris que ce disque allait m'offrir ce décor. Deux ans après In Parenthesis, Glenn Besnard, alias øllø, délaisse le tout électronique pour revenir à une essence plus organique. Est-ce pour nous rappeler que dans ce monde bien souvent trop laid, il y a encore de la beauté ? Vraisemblablement la réponse est dans ce disque. Ce qui me touche immédiatement, c'est ce dialogue permanent avec, d'un côté la fragilité d'un piano ou d'une guitare acoustique de l'autre, la précision texturée des machines.
C’est dans son studio, niché en pleine campagne costarmoricaine, qu’il a tissé ces huit morceaux. Et on le sent. On sent la terre, l'humidité des sous-bois et ce calme propre à la Bretagne profonde. Et là que réside la force de cet album. Dans sa genèse. Pour les cinq premiers titres, øllø est allé capturer l'âme des forêts de Boquen, de la Hunaudaye ou de Loudéac. Ces prises de sons deviennent la structure même de sa musique et par ricochet deviennent la bande-originale de mes rêves, de mes envies, encore et toujours celles de sentir le cœur de ma Bretagne, loin des villes, au plus près de la nature. Dès l'ouverture du premier titre Hunaudaye Forest, le réveil des oiseaux à l'aurore se mêle aux nappes synthétiques. Une invitation à fermer les yeux pour être transporter ailleurs. Je réalise rapidement, quand Boquen Forest déroule ses gammes que je suis viscéralement dans ces paysages "irréels" où la frontière entre le
songe et la veille s'efface totalement. L'absence de voix est ici un
cadeau, elle me laisse toute la place pour projeter mes propres images,
mes propres envies. C'est une hypnose en pente douce, les titres s'enchaînent autant que les images qui défilent dans ma tête. Ça ne changera pas la face du monde, qui en conservera toute sa laideur, mais c’était une très belle tentative pour voir que tout n'est pas noir… Song for the end of the summer est sublime qu'il est impossible de ne se contenter de l'écouter puisque le morceau nous pousse à ressentir. A ressentir la joie, la tristesse, la mélancolie, mais aussi l’espoir à travers des cris de buses, des bruissements de feuilles, des notes qui emportent par vagues mes émotions d'auditeur. Les sensations sont fortes. Les trois derniers morceaux de l’album sont des reworks de son premier ep Winter songs, retravaillés afin de créer un univers complet avec les cinq autres morceaux. J'ai le sternum qui bat au rythme de ce style ambient où les titres s'imbriquent parfaitement dans une esthétique de lenteur. Je me niche dans ces grandes musiques renversantes de beauté, faites de points de fuite où j'aime me perdre. Un album qui demande du temps à lui consacrer, du silence et un bon casque pour le laisser agir comme un baume. Si, comme moi, vous avez besoin de vous évader loin du tumulte, laissez-vous porter par l'hypnose d'øllø, c'est beau à en avoir le vertige.
Tracklist
01 - Hunaudaye Forest
02 - Boquen Forest
03 - Loudeac Forest
04 - Listening to the roar
05 - Song for the end of the summer
06 - Apolline (Rework)
07 - Eleona (Rework)
08 - Bel Air (Rework)
27 mars 2026
Nigth-Night Records
www.facebook.com/ollomusic22
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