Etenesh Wassié Trio - Arada (2026)

Quand je lance pour la première fois l'écoute d’Arada, c'est l’ivresse des racines que j'entends et qui m'envahit rapidement dans cette découverte musicale, portée par une voix qui creuse des sillons d'ouverture dans mon esprit. 

Fidèle au sillage toulousain de Freddy Morezon, la diva éthiopienne Etenesh Wassié revient avec Arada, un nouvel album qui résonne pour moi comme une épreuve organique, une sorte de point de mémoire entre l’héritage de Zebda et l’urgence de la scène fraternelle. Ok, le lien est vraiment tiré par les cheveux mais c'est aussi mon histoire qui revient dans l'arène. Je n'aurais peut-être pas eu les mêmes émotions aujourd'hui en écoutant jadis des musiques - je dirais - du monde (premier lien) si dans les années 90 la bande des frères Amokrane et Cherfi ne m'avaient pas autant emballé avec leur raï rockeur fiévreux. S'en suit d'autres exemples qui bien souvent trouvent racines dans la ville rose (voici le deuxième lien). Est-ce la ville de tous les possibles ? Est-ce la cité aux mille et un chemins ? En tout cas aujourd'hui c'est dans le dialogue de cordes et de cœur que le mien s'emballe dès les premières notes de Tezeta. Une cette démonstration d’amour pour la musique dans un frottement permanent. Quand la basse acoustique, le violon (quand le trio mute en quartet), la contrebasse ne font pas qu'accompagner le timbre grave d’Etenesh, elles l’enlacent. C'est une étreinte sensorielle créant un pont invisible entre le traditionnel éthiopien et l’essence du jazz. La présence de la batterie injecte une pulsion vitale qui transforme l'essai en expérience touchante. Je ne connais rien de l'Éthiopie. J'ai mangé une fois dans un restaurant éthiopien sur Bruxelles et le souvenir demeure, dix ans plus tard. J'aime ces aventures à portée de mains et d'oreilles. J'aime être touché, j'aime être remué, j'aime découvrir. C'est le cas avec le deuxième morceau Cheguitou, véritable décharge lumineuse où la musique devient enjouée, rappelant que l'azmari (le chanteur éthiopien comparé au barde européen) est aussi là pour célébrer la vie. On passe de complaintes déchirantes à une joie presque ludique. Et toujours dans une rage magnifiée. Le chant de Etenesh Wassié est impérial mais c'est surtout sa vulnérabilité qui me bouleverse systématiquement sur le titre éponyme Arada. Morceau épuré où pourtant ses envolées discrètes possèdent une énergie fédératrice forçant l'admiration. Lorsqu'elle entame Belou Endji c'est la frontière entre l’Afrique de l’Est et le Delta du Mississippi qui s'effondre. Tout devient une seule et même complainte universelle, envoûtante, profondément moderne. Etetou me rappelle un peu les gwerzioù bretons, ces chants souvent longs et mélancoliques, qui racontent des histoires tragiques, des légendes ou des événements historiques. Dans la sonorité, dans le rythme, dans la façon de porter le chant. C’est la preuve que les racines même propres à chacun, lorsqu’elles sont bien arrosées de sincérité, peuvent donner naissance aux plus belles interprétations musicales. C'est ça l'ouverture d'esprit. Quand arrive le dernier titre Akalé, ce voyage de sève et de sang ne se termine pas comme il a commencé. J'étais dans l'inconnu et à la fin je me retrouve un peu comme dans un territoire familier sans jamais l'avoir habité. Comme si quelque chose, là, s’était doucement déposé en moi sans faire de bruit, mais avec la certitude d’y rester longtemps. C'est la magie de la musique quand le cœur se laisse étreindre d’une nouvelle langue. C'est la magie de la musique quand elle offre la capacité à faire tomber les frontières sans jamais les nier, à relier sans uniformiser, à toucher sans chercher impérativement à expliquer, c’est dans tout ça que réside la beauté d’Arada

Tracklist
01 - Tezeta
02 - Cheguitou
03 - Yené Alem
04 - Arada
05 - Belou Endji
06 - Sela
07 - Antchi Hoyé
08 - Etetou
09 - Be Shewa
10 - Akalé

20 mars 2026
Mr Morezon / Absilone

www.freddymorezon.org/artistes/etenesh-wassie 

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