Matmatah - L'embardée (2026)
Ce disque, merveilleux, arrive au moment où je me pose des questions. Pourquoi ça marche ? Pourquoi un morceau me touche ? Pourquoi je me sens irrémédiablement transporté par un morceau sans aucune raison ? Et à chaque fois ? Pourquoi lorsque le morceau hurle, je veux hurler avec ? Pourquoi je me sens autant emporté ? Pourquoi j'ai envie d'être là, avec lui, jeter ses choses par-dessus bord, et peut-être même mon propre corps ? Pourquoi ses questions me poussent à vouloir y répondre ? Pourquoi toujours des questions ? Pourquoi ne pas simplement se laisser porté, prendre du plaisir à écouter une ballade gonflée aux hormones, une ballade où le pathos n'est pas forcé, que tout semble sincérité et fiction, tristesse et joie, espoir et ainsi de suite ? L'embardée c'est un peu la réponse à tout ça.

Matmatah, le plus grand, le plus fringant, le plus beau des groupes bretons débarque à quai avec un disque à facettes, pétillant, plein de vie. Ce matin je suis branché sur Deezer et les titres crachent de mon enceinte connectée. Merveilleuse technologie. Alors quand j'ai cliqué sur l'album, j'ai fais défiler les titres pour voir si j'allais retrouver des connaissances dans la liste. Effectivement. Il y en avait beaucoup même. Mais tout de même, j'ai commencé mon écoute avec Sweet Amanite Phalloïde Queen d'Hubert-Félix Thiéfaine. Parce que c'est MA chanson et franchement ça marche. C'est beau. Le rock des brestois fonctionne à merveille sur ce morceau anthologique du jurassien. Je suis conquis. Je l'étais déjà quand ils nous avaient gratifié d'un joli clip avec Tombé pour la France d'Etienne Daho. Doublement conquis, c'est bon, l'album est adopté. Je clique sur la lecture généralisée, premier morceau, Pour moi la vie va commencer de Johnny Hallyday. Pour moi l'écoute va commencer. Pour moi l'plaisir va commencer. Pourquoi un morceau me touche ? Parce que ça m'parle, émotionnellement, mentalement aussi. Y'a Miss Maggie de Renaud, évidemment, aux paroles tellement d'actualités, il y a Putain putain d'Arno sorti l'année dernière... Love Will Tear Us Apart de Joy Division est de toute beauté, Boys Don't Cry de Cure également, wow. On sent quand même dans l'interprétation que le choix des chansons a été fait par passion, par amour pour ces titres. Après faut du talent, et Matmatah n'a plus rien à prouver de se côté-là. Comme avec The Winner Takes It All d'Abba. Choix qui peut paraitre surprenant et pourtant ça marche tellement. C'est tellement enivrant, envahissant, presque émouvant. Ce serait presque mon morceau coup de cœur. Ma p'tite préférence à moi. J'écoute pas forcément Abba dans ma vie de tous les jours, mais ils sont tellement forts que s'ils reprenaient une chanson de JUL, elle en serait touchante. Cette sortie (merveilleuse, je me répète) me permet de découvrir et d'apprécier fortement les versions par Matmatah de Anne, ma sœur Anne de Louis Chedid, Canciòn de Jinete le poème de Federico García Lorca, mis aussi en musique il y a bien longtemps par Paco Ibañez. Une toute autre version. Je me recoiffe deux minutes. J'aime quand Tristan chante en espagnol, sa voix s'imprègne de toutes ces couleurs hispaniques comme dans O que faz falta et j'aime être surpris comme avec le titre Eisbär de Grauzone (Martin et Stephan Eicher) en laissant le micro enflammé à Fanny Gillard de GangBang in HongKong. de la new wave revisitée à la sauce Matmatah, c'est tellement délicieux. Mais que dire, que dire, quand ils jouent ou reprennent des titres bretons ? …Ar miliner, chanson popularisée par les sœurs Goadec est une évidence. Là, plus de détour possible, on touche à quelque chose de profondément ancré, ça en devient viscéral. Les voix, les arrangements, tout semble revenir à la source, à une terre qu’on n’a peut-être jamais visitée et pourtant tant aimée à travers la musique génératrice de souvenirs, Angleterre, Irlande, Suède, Allemagne, Espagne, le breton est un grand voyageur et revient toujours chérir sa Bretagne... J'aime cette manière qu’ils ont de ne jamais figer les morceaux, ils respirent autrement. Et pour finir, comme un point de suspension en feu d'artifice à l'intro très RATM, Qu’est-ce que sera demain de ce grand Yves Simon vient refermer l’ensemble. Ce n'est pas conclusion, c'est une ouverture. Une question de plus, forcément. Logiquement. Toutes ces reprises ne sont pas là pour faire figuration. Mes questions sont un peu résolues. Alors peut-être que c’est ça, la réponse que je cherchais depuis le début. On ne sait pas vraiment pourquoi un morceau nous touche. On ne sait pas pourquoi certains nous emportent plus que d’autres. Mais quand ça arrive, quand tout s’aligne sans prévenir, il n’y a plus rien à comprendre. Juste à écouter et à prendre autant de plaisir que le groupe en déviant de sa trajectoire sous l’effet d’une perte de contrôle totalement assumée !
Tracklist
01 - Pour moi la vie va commencer
02 - Canciòn de Jinete
03 - Tombé pour la France
04 - Love Will Tear Us Apart
05 - Miss Maggie
06 - Eisbär
07 - Gimme some truth
08 - Anne, ma soeur Anne
09 - Goldfinger
10 - O que faz falta
11 - Ar miliner
12 - La Pulce d'Acqua
13 - Putain putain
14 - Boys Don't Cry
15 - Sweet Amanite Phalloïde Queen
16 - Alison Gross
17 - Lisa
18 - Oh Madeleine
19 - The Winner Takes It All
20 - Qu'est-ce que sera demain
24 avril 2026
La Ouache Production
www.matmatah.com
www.facebook.com/Matmatah.official
Excellent album !
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