The Wooden Wolf - Indigo Prayers Op.8 (2026)

Je voudrais résumer l’œuvre d’Alex Keiling, alias The Wooden Wolf comme sereine, déterminée, habitée, passant sans jamais s’affadir l’épreuve du temps d'écoute. Il se dégage de cette musique brute l’élégance des grands songwriters, la pompe feutrée des nuits calmes, et ses subtils codes offerts aux rêveurs. Et la lenteur du tempo pris par le musicien ne fait ici que souligner cet instant solennel.

Indigo Prayers Op.8 (son 8ème opus), malgré sa splendide tranquillité, est pourtant auréolé de mystères. Le songwriter franco-canadien semble avoir composé ces onze titres en écho à un sentiment diffus, une zone de clair-obscur entre chien et l'oup où le chaud du sang vient se mêler aux reflets bleus de la nuit. Les hypothèses vont bon train sur les influences de cette folk hantée, jusqu’à convoquer l’esprit de Leonard Cohen, de Pink Floyd ou le dépouillement de Jason Molina. 
Composées autour d’un spleen central, ces variations folk rendent chacune hommage à une émotion brute, parfois difficile à identifier, parfois très viscérale. Certains morceaux, comme Black Fire, rappellent une urgence de vivre purement lyrique. D’autres sont plus poignants, comme Flutter, Lick Up my Heart, Song for Joa de véritables mises à nu qui s'exécutent les yeux fermés. En se penchant sur la trajectoire de l’artiste, né au large de Terre-Neuve, l’album fait allusion à des dérives intérieures et à des larmes brûlantes d'amour, ce qui explique le style profondément romantique, nostalgique et envoutant de l'ensemble. 

« Les Indigo prayers, c’est quand le cœur se perd et que l’on formule dans son corps des prières, sans le savoir. »


Bien entendu, le fil conducteur de cette œuvre est cette voix écorchée, si habitée qu'elle devient le vecteur d'un lent et flegmatique crescendo, où les cordes (grattées, frottées, chantées) oscillent entre espérance et mélancolie. Ça me fait un peu penser à un mélange entre Kurt Cobain et Eddie Vedder, c’est un peu tout l’esprit de la folk sauvage qui se tient là. Mais la vraie subtilité de l’œuvre est ailleurs. Elle est à chercher dans les vibrations plus anonymes, elle est à chercher au plus proche de l'écoute qui parcours le corps et bouleverse l'esprit sensiblement dans une explosion de sincérité. C'est d’une grande finesse et d’une suprême douceur, presque légère et éthérée. Jamais The Wooden Wolf ne dévie de sa route. On dirait que sa certitude c'est de faire en sorte que son œuvre résonne naturellement, qu'elle flatte les oreilles qui se bercent de délices, de notes parfaitement ajustées. Tout est à sa place pour m'apaiser, pour faire naître des rêves, des envies. Épuré de tout accessoire je me love dans cet album avec confort. L'album se termine avec le grandiose Out of the Night, bon sang, voici du folk puissant dont on ne sort pas indemne.


Indigo Prayers Op.8 est un disque intime et sa musique exprime si bien le sentiment d’un artiste confiant en son art. Il œuvre à une époque où la musique a parfois besoin de retrouver son âme. Qu’il pleuve, qu’il vente, en pleine canicule, que je sois joyeux, que je sois déprimé, nostalgique ou mélancolique, cette musique dépasse largement son sujet par l’émotion, pure et éthérée qu’elle suscite. C'est une musique qui réchauffe l’âme et le ventre de quiconque s'y plonge. Écouter cet éblouissant disque lorsque l’angoisse est latente, c'est retrouver dans ces notes délicieuses la sérénité disparue.

Tracklist
01 - Flutter
02 - Dunes
03 - Amok
04 - Black Fire
05 - Climbing
06 - Ephedrine
07 - Lick Up My Heart
08 - Tanpura Nights
09 - Song for Joa
10 - Out of the Night

15 mai 2026
Médiapop / #14 Records / Microfaune


www.facebook.com/thewoodenwolf 
www.thewoodenwolf.bandcamp.com/thewoodenwolf 

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