Tom Poisson - Garçon(s) (2026)
Marqué à vie par Mon ami sans voix, véritable chanson balise d'une période de mon existence merveilleuse, je n'avais pourtant plus écouté ce songwriter de talent par la suite. C'est comme ça, je ne l'explique pas. Je suis donc particulièrement heureux de le retrouver aujourd'hui et d'être séduit par Garçon(s), son huitième album, un disque étonnant, fort de mélodies envoûtantes et de textes finement ciselés.

Tom Poisson possède cette écriture imagée, à la fois poétique et percutante, qui cajole l'esprit tout en grattant là où ça fait du bien. Si la pochette arbore une vieille photo de vacances, c'est pour mieux convoquer la virginité d'un questionnement inaugural : « Est-ce qu'il y a plusieurs façons d'être un garçon ? » Les chansons portent la marque d'un travail d'orfèvre, habilement tissé de guitares acoustiques et de synthétiseurs discrets, s'appuyant sur une belle aventure collective aux côtés d'invités précieux et d'arrangeurs inspirés. Les thèmes évoqués sont ancrés dans le réel tout en touchant les cœurs. Au fil des plages, on passe avec la même aisance et en entièrement subtilité d'une chronique intime sur les rides au coin des yeux à un regard plus mordant sur le 47e président des États-Unis d'Amérique, sans oublier la pudeur bouleversante d'un titre abordant la maladie d'Alzheimer. Mais c'est surtout la richesse des vers qui m'éblouit, je suis émerveillé. La poésie est partout, elle me touche, dans Les noyés (feat.Malice) qui il chante "Nous nous noyons / mon amour / laisse-moi encore te dire / que l'horizon n'existe pas / l'horizon c'est toi / je n'ai que notre amour / et l'arrogance de le croire", c'est tristement magnifique. Dans Thelma quand il commence par "Nous étions alanguis / tout nus dans le ciel / le ciel noir de Paris / nous donnait des ailes" je trouve ça si tendre, si léger et puissant à la fois. Comme ma petite préférée, Le train m'emporte pour une échappée salvatrice afin d'apaiser le chagrin et de remettre les futilités du quotidien à leur juste place. Ça résume bien l'ensemble des chansons qui est traversée par un voile de tendresse lucide et de nostalgie souriante. J'ai sur la peau et dans la tête, après l'écoute de ce disque, une douce chaleur humaine colorée d'un arc-en-ciel de sincérité. « Alors même qu'il pleut des bombes un peu partout, eh bien nous, on fait un disque », ironise-t-il. Même si cela ne change pas le monde, dans le doute, on tente le coup... Bien heureux qu'il l'ait fait à plusieurs (Zoé Colotis, Alice Chiaverini, Paul Roman, Ludovic Bruni, Denis Piednoir, Alexandre Leauthaud...) le résultat est beau !
Même si je ne l'ai plus écouté depuis son album Riche à millions (2008) qui est pourtant un chef d’œuvre à mes yeux, je sais que Tom Poisson est un artisan exigeant de la chanson française. Vingt ans après ses débuts, loin des projecteurs des grands médias, il continue de triturer cette matière brute avec un étonnement et une joie intacts. J'aime quand les textes flânent au hasard d'observations fines du quotidien (un peu comme un Thomas Fersen), oscillant entre ironie, légèreté apparente et profonde fragilité, c'est forcément touchant quand on a une sensibilité réceptive.
Tracklist
01 - A nos rides
02 - Garçon
03 - Les petits wagons
04 - La nuit d'hier
05 - N'importe quoi
06 - Thelma
07 - Sport de combat
08 - Chanson furtive
09 - Les noyés
10 - Les moustiques et les ronces
11 - Le train m'emporte
12 - A choisir
26 juin 2026
Super-Chahut / Kuroneko Media
www.tompoisson.fr
www.facebook.com/tompoissonofficiel
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