Acquin - Restes (2026)

Le nouvel album d’Acquin plonge encore une fois dans les profondeurs de l’humain, en scellant la rencontre entre l'artiste et Éric Simonet pour une écriture plus libre, encore plus puissante. Un combat musical et artistique mené contre l'époque, qui trouve sa source dans l’envie de vie, pour soi et pour les autres.

Restes aborde une multitude de sujets, et on en ressort chargés de réflexions et d’émotions. Le regard porté sur ce qui persiste comme l’amour, la vie, la mort, comme seules choses qui soient et qui donne du baume au cœur et nous met face aux incertitudes de l'existence. La tension sèche et la fatigue brute que l’on ressent dès le premier gros titre L'amour fout s'expriment à travers une instrumentation volontairement frontale à coups de drums, de basse, de guitare, de clavier et même l'ajout d'une clarinette lyrique apportant une deuxième couche de beauté au magnifique Bise. Une leçon de tendresse face aux ravages d’un marché musical obsédé par l’étalage de "refs" et la consommation en quatre secondes, qui piège la création dans le prêt-à-penser. La défense d'une poésie sincère, prête à accepter son propre ridicule pour protéger notre humanité jusqu’au bout du chemin, contre un système qui paraît insurmontable. Tout cela à travers ce banquet dionysien et apollinien, élégant et vulgaire, tendre et bourrin, entre deux intentions blessées aux convictions les plus inspirantes.
Comme avec cet album, on ne veut pas que la musique s’arrête, retarder le levé du jour pour que ces nuits sans sommeil ne se terminent jamais. Le langage est un atout pour Acquin, ici fait de mots qui ne sont pas des éléments de langage. Ses mots flottent, dérapent, trébuchent et se comprennent profondément, au-delà du sens strict. À l'image de Reste, que l'on émeut sans s'expliquer, deux existences se complètent et trouvent refuge dans les ressentis de l’autre. Dans la grâce de moments suspendus comme la minute quatorze de Ce sera déjà très bien, une intimité naturelle naîtra et fera pilier dans nos résistances. Le voyage continue d'explorer ces zones de lumière et d'ombre : Rêver peut surprendre vient secouer mes certitudes avec sa trajectoire suspendue, tandis que Jeu moral me saisit immédiatement au cœur par son introduction au synthétiseur, un élan synthétique captivant qui installe une tension hypnotique dès les premières mesures. Enfin, l'album s'achève sur Open, ultime respiration grandiose qui vient clore ce disque en laissant une empreinte durable et magnifiquement ouverte sur l'invisible.

Je pense que le nouvel album d'Acquin pourra paraître un peu difficile aux premiers abords pour certains tant il regorge de qualité hors "normes"... Pourtant ce serait un gâchis de passer à côté, car à l'accumulation des écoutes approfondies, les sensations auxquelles s’accrocher se multiplient. Ici, c'est un répertoire musical où « vivre » prend un sens plus clair où l’espoir traverse émotions et expériences dans de douces étreintes. Grand disque ! 

Tracklist
01 - L'amour fout 
02 - Reste 
03 - Terre à terre 
04 - Rêver peut surprendre 
05 - Dite 
06 - Ce sera déjà très bien 
07 - Bise 
08 - Jeu moral 
09 - Arsenal 
10 - Open

18 septembre 2026
Temps Calme / Modulor


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