Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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14 février 2016

Bears of Legend - Ghostwritten Chronicles

Quand je lis le mot Québec, je fonce. C'est la première raison pour laquelle j'ai accepté de jeter mon oreille droite curieuse sur la nouvelle galette de Bears of Legend. En voyant que ça parlait de vieux voiliers, d'océan, de sirènes et de mort-vivants, j'ai forcément déposé l'oreille gauche conquise pour une écoute attentive à cet album conceptuel.


Ghostwritten Chronicles, ce sont des histoires imaginées à partir d'un journal de bord retrouvé sur un voilier, sur fond de mélange efficace entre musique traditionnelle, esprit folk et rock progressif. Alors oui le texte est en anglais, si vous êtes une bille comme moi en ce qui concerne la langue de Shakespeare, vous apprécierez au moins les puissantes mélodies qui se dégagent de cet album. Dans un premier temps. Ensuite, sortez votre bouquin de traduction. Retour vers les années 1500, place à notre imagination. Le voyage commence...

Be Mine, All Mine, bruit de vagues, une voix qui vous prend dans les bras, une orchestration tantôt calme, tantôt houleuse comme la mer... L'introduction fait son boulot. Elle déploie ses voiles au vent, et Bears of Legend capitaine charismatique et bien sympathique, invite l'auditeur à monter à bord pour naviguer vers un voyage à la fois merveilleux et mélancolique. Dans une atmosphère folklorique, The Arkansas River continu à faire monter l'ambiance par ces chevauchées folk où violon, banjo, accordéon viennent valser sur le pont. Puis il y a le piano avec When I Saved You From the Sea... qui vient nous bercer au rythme du clapotis des vagues sur la coque. Et soudain une sensation formidable à 02 minutes 40 de la chanson. Je n'ais qu'une envie, celle d'être à la proue du bateau, cheveux aux vents, embruns qui viennent s'écraser sur le visage, bras écartés à hurler (Non non, pas Jack je vole..). Un passage épique, monstrueux, fantastique. We're Dead fera le même effet. Cette douceur ébranlée par une batterie frénétique, semblable aux pas claquants le plancher d'une scène par des danseurs irlandais. Le groupe de Trois-Rivières aime jouer des mélodies et des rythmes. Dans les ballades She Breaks me Down ou We Rise les montées énergiques qui surgissent sans prévenir au détour d'un couplet rappellent agréablement d'autres cowboys québécois bien fringants... Encore, seul titre français tendance pop-folk offre lui aussi ses relents d'émotions lorsque le violon espiègle éclipse la guitare sage et promet de faire lever la foule. Pareil dans Beside Me et Hell No. C'est ce détail-là que j'aime chez Bears of Legend. De ne pas s'endormir dans des ballades trop longues, ni tomber dans le pathos d'une pop moderne déjà trop entendue. Loved (The chance) l'exemple parfait. Assoupi par une mélodie désirable, la montée finale me transporte vers des contrées lointaines, naviguant au large des côtes de la Gaspésie. Oh ! Vous me faites rêver ! 

Contre frissons, mélancolie, évasion et féerie, j'ai arrêté de lutter face une quelconque retenue, et je ne peux que constater les faits : depuis quelques jours cet album revient régulièrement me procurer un plaisir envoûtant. Et m'incite à lancer une procédure d'adoption sans aucune hésitation. Christelle, David, Jacynthe, Francis, Jean-François, Claudine et Guillaume, vous êtes les bienvenues en Bretagne. Imaginez nos ports de corsaires et nos forêts enchantées... 


Ces héritiers de Jacques Cartier me donnent en tout cas une folle envie. Celle de les écouter en marchant sur les remparts de Saint-Malo un jour de tempêtes, le regard fuyant vers l'océan, une pensée au passé en jetant un coup d’œil derrière moi, vers les quais où jadis... bref, les amateurs de chansons sensibles, délicates et de grand large qui trouveront également leur compte. 

bearsoflegend.bandcamp.com
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