Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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1 juillet 2018

Miossec - Finistériens

Ça sent la Bretagne.
Celle que l'on ne peut pas effacer, celle qui reste ancré à jamais dans le cœur et la mémoire. Ça sent les détails qui traînent dans la musique familière de Yann Tiersen, ça sent les mots écorchés et poétiques de Christophe Miossec, comme un signe, comme une croix, une voix pour rester à la surface.


Ça sent le vent, la mer et la pluie. Les relents de spleen trop vite épuisé. Ces éléments d'un Finistère de caractère et d'histoires pas toujours ternes. C'était une époque où je traînais péniblement mes pompes dans le sud de la France, avant de venir, de revenir, de rentrer au bercail. C'est fou comme ça sent la Bretagne. Est-ce qu'il faut se sentir à bout pour se sentir enfin si bien ? 
Ça sent la bière, ça sent l'alcool comme antidépresseur. Ça sent la morosité, la rupture qui trop souvent, vous tranche le cœur. En deux ou en cendres. Heureusement ici, certains mots offrent une opportunité de vivre, d'y croire, d’espérer, de se questionner... Tous les dimanches, tous les dimanches / Je pense à toi et je pense à eux / Et je pense à nous et j'ai le cœur qui flanche / Après quoi courrons nous tous les dimanches, c'est la question qui me démange...  Ici l'artiste contemple au plus près toutes ces choses sombres de la vie qui flottent dans une détresse stagnante, dans une noirceur tendre qui lui ressemble terriblement, pour mieux effacer ce qui colle à la peau. Je n'en peux plus de cette vie-là / Je craquerai avant la fin du mois... 
Paradoxalement ça sent la douleur et ça sent l’apaisement. Entre chagrin et joie, pour ne pas rester à quai Je t'aime, je t'aime, je t'aime quand même / Même si tu m'as laissé sur le bord de la Seine, pour continuer d'aimer et par ricochet vivre. Ou survivre pour mieux intercepter les quelques éclats de lueurs qui pourraient éclaircir le ciel breton quand la tempête fait rage. Ça sent la nostalgie, la détresse. Ce soupir qui s'envole et va se perdre dans l'horizon d'un océan déchaîné. Ça sent la musique enfin. Celle qui fait chavirer, qui fait vibrer les cordes sensibles quand le cœur et l'âme s'enlacent dans une étreinte foudroyante. Ce sont les mélodies d'une averse soudaine un jour de soleil timide, incisives, pour les rêves très longs qui coulent sur nous comme un baume apaisant. Et en s'étirant, elle devient la bande-son à la fraîcheur d'un premier amour retrouvé, toujours sous l'orage qui gronde, sur la plage des sables blancs, immense est déserte de Concarneau. Je m'y retrouve seul contre les embruns, mais vivant. Se sentir vivant quand elle recouvre sur notre âme un voile de légèreté, et quand elle peut s'énerver un peu pour régénérer un rock plus sauvage, elle fait naître le sentiment mélancolique de l'album, que la nostalgie frappe au plus près. Quand j'écoute cet album, cette merveille, c'est pour avoir le cœur serré, aussi intensément serré que cette terre fragile et tourmentée par les cris des oiseaux de mer quand ils reviennent prés du rivage... Se sentir comme une fortune de mer qui dérive dans les rouleaux, en fredonnant un air qui rappelle la douceur des mots de ce beau Christophe Miossec...


Tracklist
01 - Seul ce que j'ai perdu
02 - Les joggers du dimanche
03 - Les chiens de paille
04 - A Montparnasse
05 - CDD
06 - Nos plus belles années
07 - Jésus au PMU
08 - Haïs-moi
09 - Fermer la porte
10 - Loin de la foule
11 - Une fortune de mer

14 septembre 2009
Pias

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isa
9 juillet 2018 à 13:30

Un très bel article que l'on sent écrit avec le cœur, pour un très bel album réunissant deux artistes que j'aime beaucoup. Ma préférée sur cet album reste Seul ce que j'ai perdu, qui fait écho à quelque chose que je dis souvent (et que je disais déjà bien avant l'album et la chanson) : "Ce que tu auras vécu, personne ne pourra te l'enlever."

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