Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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26 octobre 2018

Makja - Ne te retourne pas

Il y a des chances que je loupe ce billet, écrit à chaud et sans retenues, parce que je ne vais avoir aucune objectivité sur un artiste que je trouve magnifiquement prodigieux. Je suis si fan qu'il va pleuvoir des tonnes de superlatif. Makja c'est comme un graff coloré sur les murs gris de notre quotidien urbain, c'est un rayon de soleil les lendemains difficiles.


Les lendemains difficiles dont on ne peut s’empêcher de se sentir lésé. Médias, télévisions, gouvernement, parti politique, haine, rage, violence... Comment se relever à chaque fois ? Comment trouver l'envie de mettre un casque sur les oreilles et se laisser dominer de la tête aux pieds par une musique, un texte fort, une voix précieuse ? Comment ? "Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi." Makja est venu à moi, sans prévenir, fracassant, foudroyant un soir d'automne il y a deux ans avec un EP de quatre titres époustouflants. Un coup de foudre. Sans aucun doute pour ces mots, ces mélodies, ces expressions. Cette poésie au rasoir je l'ai ressentie ce jour-là, si j’ose dire, comme une balle en plein cœur. Deux ans après, une cicatrice, une éternité, un EP épuisé, rayé, fatigué d'être utilisé. Enfin, le bordelais revient avec un premier album. De quoi remettre le casque sur les oreilles et de laisser le jour s'éteindre doucement sans allumer la lumière, et encore moins la télévision. Laissez-moi là, dans cet univers incandescente, cette bulle fantasmatique... Car née de doutes pour commencer. Commencer fort. Vibrant hommage à ses racines Corses. Sur le sol de l'île de beauté, Kalam sème ses mots, pour récolter et distribuer les émois. Musicalement envoûtant, je vole. Moi qui aime tant Mano Solo, me nourris toujours des mots de Léo Ferré, je trouve en Makja un digne héritier de ces chanteurs au franc-parler, au verbe vif, aux syllabes qui dansent et qui s'accrochent au coeur... Linge sale m'aspire. Des souvenirs d'enfance magnifiquement mis en puissance par des cordes, une trompette et un piano. On écoute, on essaye de comprendre le sens, enchanté, perturbé. Et puis quand on comprend... On s'élève, on s'éveille de ces lendemains difficiles, comme celui du 15 novembre mis en musique dans Une bougie. A toi qui dors avant l'heure, sous le poids des rafales, je pose une lueur, imitant les étoiles...  Et puis en quatre minutes quarante-six et d'une voix déchirante, il bouleverse, il bouscule, et nous aspire dans sa force, dans son intensité indescriptible dans Déchire. Déchire ! Déchire ses heures de colle ! Hymne pour les citoyens portés par les valeurs de la  Liberté, de l'Egalité, de la Fraternité. L'espoir au bout du poing levé, pour se relever d'un nouveau lendemain difficile lorsque cette dame s'est retrouvée au deuxième tour d'une élection présidentielle... Toujours dans l’émotion dense, à fleur de peau, en équilibre, A nos absents et Sur mon palier n'estompent pas mon ascension vers les sensations. Près de six morceaux plus tard, chaque particules de cet album me procurent une multitude de frissons, de réflexion, d'enthousiasme et de respect. La force est intacte. Makja termine son album avec ce qu'il a de plus puissant, de plus viscéral, sans aucune fioritures ajoutées. Du Ferré à la moelle : Ne te retourne pas. Démesurément sublime. En voilà encore un que j'écoute en boucle, en intraveineuse si je pouvais. 
Ainsi s'achève un premier album foisonnant d'espoir, d'ombres, de lumières, de fulgurances géniales et d'une cohésion totale, un développement sans fausses notes. La réalisation touche à la perfection, et les mots de cet artisan du verbe, sont là pour nous rappeler à quel point la poésie peut-être puissante, vivifiante. Voilà le genre de disque qu'on emmènerai bien avec soi sur une île déserte. Pour de meilleurs lendemains.
Makja c'est un grand.
Un putain de grand !


Makja est un poète sonore au timbre et au rythme solennel qui monte très haut dans la stratosphère musicale, à tel point que les particules de ses mots s'évaporent infiniment dans l'air. Certainement pour mieux respirer ses rares atomes de poésie et de lumière en suspension dans le temps. Qu'est-ce que ça fait du bien... 

Tracklist
01 - Car née de doutes
02 - Linge sales
03 - Une bougie
04 - A nos absents
05 - Déchire
06 - Sur mon palier
07 - Ne te retourne pas

12 octobre 2018
Atarraya Productions

www.makja.bandcamp.com/ne-te-retourne-pas
www.makja.com
www.facebook.com/makjaofficiel

 
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