Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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6 décembre 2018

Alain Bashung - En amont

Quelques coups de cordes dès les premières secondes de Immortels et l’ascenseur émotionnel monte, monte, monte... Et efface en quelques secondes les réserves que j'avais concernant les albums posthumes. Oh, il s'agit de Bashung !


Dès ce premier morceau gigantesque, le doute n'est plus. Puissant et déjà mémorable. Sans me prévenir, le clip a débouler dans ma vie. Non aucun doute, mortels, mortels, nous sommes immortels... C'est du génie qui coule de la plume de Dominique A.

Quelques coups de cordes d'une guitare sèche, une voix... En boucle. Et une date à cocher sur le calendrier, celle de la sortie de En amont... Un coquelicot comme c'est beau... Le jour J, j'ai pris l'objet dans mes doigts et j'ai couru pour le découvrir, l'écouter, le dévorer. Bien entendu, je l'ai acheté avant de courir. J'ai glissé le disque dans mon lecteur, je me suis allongé. Quelques coups de cordes et j'ai pris l’ascenseur. Tu sais, j'ai toujours en mémoire cette odeur d'hiver qui parcourait les allées du Père Lachaise en ce mois de mars 2009. Une odeur de fraîcheur qui cristallise la peau de notre visage et qui nous fait aimer la vie. Pourtant ce n'était pas le meilleur moment pour l'aimer cette pute de vie, mais ces quelques minutes de recueillement m'ont rappelé à quel point beaucoup de chansons de Bashung avaient rendu mon existence agréablement vivante.
Une fois intégralement écouté, il m'aura fallu un bon moment pour accuser le coup et me mettre à l'écriture d'une chronique pour cet oeuvre posthume. Depuis, l'album traverse mes nuits, éclaire mes petits matins. L'album traverse mes jours dans un environnement de plus en plus sombre, et pourtant, en musique, le ciel est de plus en plus beau, un coquelicot comme dernier horizon, un coup final au son d'une voix éternelle. Je suis heureux.

Le deuxième extrait avant la sortie de l'album finit par m'achever sentimentalement. Elle me dit les mêmes mots, cette histoire d’amour de Daniel Darc où se mêlent déceptions, passion et infidélité. La rencontre entre ces deux monstres de la chanson est formidable. Et toujours cette voix, très en avant, pour un intense plaisir... Au fond, qu'est-ce qu'elle m'avait manqué... Si les chansons sont très estampillées Bleu pétrole, certaines me rappellent musicalement au bon souvenir de la période Osez Joséphine comme l'excellent Ma peau va te plaire, très blues dans le rythme, ou Montevideo au refrain folk, toujours dans un style dépouillé pour laisser toute la place à la voix du chanteur. Autre titre qui me procure des frissons mélancoliques est Seul le chien par la plume de Dominique A, où certaines phrases posthumes me fait penser au dernier album de Bowie qui, lui aussi, se savait mourant.

Enfin, l'album se termine par le somptueux Nos âmes à l’abri, un ultime morceau bien plus fort qu'une simple chanson, même si belle. Putain oui qu'elle est belle. Un message poétique pour mieux affronter l'époque dans laquelle nous vivons, se terminant par des chœurs marmonnés, poignants, déchirants...

Une magnifique fin.
Immense émotion.


Tracklist
01 - Immortels
02 - Ma peau va te plaire
03 - La mariée des roseaux
04 - Elle me dit les mêmes mots
05 - Les salines
06 - Montevideo
07 - Les arcanes
08 - Seul le chien
09 - Les rêves d'un vétéran
10 - Un beau déluge
11 - Nos âmes à l'abri

23 novembre 2018
Barclay

 
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