Festin - Certains pourraient disparaitre

“Jadis, si je me souviens bien”…

Quand Rimbaud fait référence au festin qu’était sa vie, c’est pour mieux souligner dans quelle noirceur elle est tombée ensuite. Qu’il y soit une référence directe ou non, le nom de la formation brestoise entre parfaitement en résonance avec le poème emblématique d’Une Saison en Enfer.

 FESTIN fait de la chanson noire. Une crépusculaire dérive à la croisée du dark folk, du spoken words ou du rock expérimental, qui ne manquera pas d’évoquer les heures les plus sombres de Mendelson, et que désobscurcissent à peine les références internationales (Low, Smog, the Bad Seeds…). Pour cet album au titre évocateur, “Certains pourraient disparaître”, l’enregistrement s’est fait à la maison, en solo, avec pour seul maître à bord de ce bateau ivre nocturne, François Moret, tête pensante d’une formation à géométrie variable, qui s’accomplit ici dans l’exercice de la plus grande solitude.

 Ces nouvelles chansons naissent souvent de quelques arpèges de guitare espagnole ou d'un accord de guitare électrique. Parfois elle s'enrichissent de bruits, d'orgues, de drones obscurs, parfois elle restent nues. Quel que puisse être leur apparat, elles revêtent toujours des formes atypiques, s'éloignant de la traditionnelle structure couplet/refrain au profit d’une déambulation plus dissolue, trajectoire plus inattendue, résolument plus introspective aussi. Atypiques, les textes le sont aussi, qui ne sont pas des chemins tracés, mais des territoires où chacun, fera sa route, des habitats aux portes ouvertes, aux fenêtres donnant sur l'ordinaire et sur l'étrange qui, souvent le voisine. Une voix qui parle, en chantant quand c'est possible, qui dit des mots qu'on laisse généralement à l'intérieur, qui tente de toucher le rapport au monde, de raconter les gens, souvent dans leur quotidien le plus cru. Et s'il y a poésie dans ces chansons, c’est qu’elle est attrapée au passage, par un heureux accident des mots qui s’entrechoquent.

 Avec cet ensemble de chansons étrange, FESTIN fait résonner l'intime avec le bruit du monde et pleuvoir les décharges électriques sur des paysages acoustiques fragiles. Il égrène des compositions soucieuses des climats sonores pour un disque qui essaie de raconter la perte, la gêne à être au monde, les pensées qui assaillent, l'isolement, les effondrements… Epopée rimbaldienne en musique ?

“Ma vie était un festin où s’ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient.”

 Tout un poème, indéniablement…

 Jean-Charles Dufeu (Microcultures)


27/11/2020 - www.facebook.com/festinmusiquedebrest / www.festin.bandcamp.com

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