Daguerre - Le coeur entre les dents

Si l'on se fie à la pochette, on pourrait dire de Daguerre que c'est un dur. Le genre de rockeur qui fait peur, tatoué et en cuir. Mais lorsque l'on plonge derrière son regard noir, que l'on se laisse guider par sa voix de papier-verre, que sa poésie chatouille nos oreilles, alors c'est une énergie d'amour et de vie qui s'empare de nous. Et oui ! Le cœur entre les dents sorti en 2008, c'est en quatorze titres une façon de (re)découvrir un artiste aussi intense que tendre. 


Olivier Daguerre a croisé mon chemin musical un soir de concert en novembre 2009. Il assurait en binôme avec son extraordinaire bassiste Mimi, la première partie du BORDEL TOUR de Cali vS Les Hyènes. Sa voix et sa présence s'étaient parfaitement prêter à l'atmosphère rock de la soirée. Depuis, chaque sortie d'album de l'artiste basque est un merveilleux évènement que je m'interdit de louper. Aujourd'hui j'avais envie de revenir sur ce troisième album, le premier qui m'a fait connaitre l'auteur-compositeur-interprète. Un troisième opus aux couleurs du Sud-Ouest, qui marque une amitié catalano-basque car coproduit par Bruno Caliciuri et Bruno Buzan sous le jeune label BCBA. Mais, même si l'empreinte de Cali peut paraître évidente, notamment avec la présence du trompettiste Nicolas Puisais ou du pianiste Julien Lebart, Olivier Daguerre sort magnifiquement son épingle du jeu, il ne joue pas les apprentis de service et livre un album sincère et authentique qui commençait à l'installer tranquillement parmi le gratin de la chanson française à textes teintée de rock. 

Le cœur entre les dents balance sans cesse entre opposés. Tantôt une bonne dose d'amour sur fond de colère, tantôt un désir de vivre sur fond de révolte, mais garde toujours l'équilibre… Là est tout le talent de Daguerre. Musiques à textes, chansons réalistes, engagées, festives ou encore poétiques, dans cet album, il y a du bon partout à déguster sans modération, les oreilles toutes grandes déployées comme mes petites préférences : Notre amour était presque parfait en duo avec Aurélie Cabrel annonce la couleur. C'est l'histoire d'un couple à la recherche du second souffle sentimental. Musicalement les connaisseurs iront s'intéresser au génie de Michel Mousset le bassiste. Et dehors, la poésie de Daguerre donne ici toute l'étendue de sa beauté. Les notes du violoncelle glissent comme des caresses sur une peau douce et l'ensemble donne un tableau magnifique. Le même exemple d'écriture, dans la chanson Faut-il où Daguerre joue de la plume comme Jimmy Hendrix jouait de la guitare. C'est pour vous dire ! Bon oui j'exagère peut-être un peu, mais il faut reconnaitre que c'est vachement bien écrit... A noter aussi, le bel hommage dynamique pour Léo Ferré dont Daguerre est fan avec Le Revenant. Et puis De L’ivresse la chanson phare de l’album dont il n'est pas question ici d’abus alcoolisé mais plutôt d'étreinte brûlante entre deux corps amoureux à vous en donner des sueurs. Une intense chanson "d'amour"... Bref on ne s’ennuie pas. On dansera même sur Passager du vent ou sur le semi-reggae Un peu moins con ou encore sur le rock de Des histoires. L'album se termine sur un sensationnel Time to go qui me laisse penser qu'il y a sûrement du Bob Dylan dans les influences de Daguerre. En tout cas la comparaison des timbres de voix est assez troublante de ressemblance. 


Alors n'hésitez pas à croquer l'amour et toute sa rage à pleines dents avec ce chanteur sous tension. Album indispensable !

Tracklist
01 - Notre amour était presque parfait
02 - Le revenant (hommage à Léo)
03 - Elle t'aimera toujours
04 - Passager du vent
05 - Des plumes blanches
06 - De l'ivresse
07 - Les plaies ouvertes
08 - Des histoires
09 - Et dehors
10 - Faut-il
11 - Un peu moins con
12 - L'oeil
13 - Time to go
14 - Récréation

novembre 2008
BCBA

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