Disque rock et magistral, album aérien, la noise tombée du ciel de Mauvais Sang est une exposition sonore à ciel ouvert. Mariage de mélancolies crépusculaires et de flamboyance intérieure, Des corps dans le décor est une lumière qui n'a pas fini de faire frémir les mélomanes sensibles à la recherche d'émotions fortes.

Par moment, je pense à Dominique A chantant chez Noir Désir. C'est dire que du haut de leur jeune âge, Mauvais Sang impressionne autant que ces mastodontes de la scène française. Mais la comparaison s'arrête là, ils ont leur propre univers bien peaufiné et cet album me pose un beau problème. Sérieusement. Ce qu'il se passe c'est qu'une fois que je commence à l'écouter, je suis comme prostré, indisponible pour le reste du monde tellement absorbé, figé dans une poésie minérale et un univers délicat. C'est beau, vrai, minutieux. Chaque détail est une ode au quatrième art et la passion qu'ils mettent dans leur musique et terriblement contagieuse comme si chaque son s'infiltrait sous l'épiderme de ma peau. C'est un beau problème, car difficile d'en sortir, difficile de passer à autre chose tant j'ai envie d'en absorber plus, d'avaler une discographie plus dense. Cette musique apporte une mélancolie si intense. En attendant, ce premier album signe clairement l'arrivée d'un groupe qui ne pousse pas la porte de la scène française timidement. 
Dès l'introduction, il y a de la tension. Plongeon en deux secondes, guitares saturées, l'eau se met rapidement à bouillir. Puis, Décor plante... le décor. Leurs corps, mon corps, l'air, l'agitation du monde extérieur, le moment présent, tout est aspiré dans cette musique expérimentale qui pulse entre calme et tempête, jamais à l'abri d'une sensation forte ou douce. De quoi secouer mon âme. Bushman Hole3H47, DieuxMonument, je ne me lasse pas d'être secoué, remué par ce rock poétique qui prend, qui berce, qui enlace, qui claque, qui est tout simplement monumental, vertigineux. J'écoute Des corps dans le décor comme quand j'ouvre mes poumons du haut de l'Aiguille du midi. C'est le vertige assuré quand ce n'est pas un, ni deux, ni juste cinq mais tous les titres du disque qui foutent une claque tant la réalisation est parfaite, excessivement parfaite. Et que dire de Quand disparaitre ? Sortir le dictionnaire de superlatifs ? Douze pièces efficaces, à l’accroche systématique par ses guitares tantôt atmosphériques, tantôt abrasives, par une batterie tantôt légèrement virevoltante, parfois lourdement percutante, par sa harpe en fil rouge, tantôt voluptueuse, tantôt céleste. Plus les écoutes se succèdent plus on sent bien que l'album nage dans un plaisir intense, que la réalisation est clairement artistique. Que ce n'est pas une musique pour divertir, mais bien pour allumer quelques ampoules. Aussi, par des apports vocaux qui ne manquent pas de reliefs et d’originalité. Ces chants amènent à l'ensemble de la réalisation, une harmonie qui lui confèrent une chaleur et une lumière qui ne cessent d’irradier les oreilles et l'esprit de l'auditeur conquis que je suis. Album magistral, tout simplement. 

Tracklist
01 - Intro
02 - Décor
03 - Bushman Hole
04 - Le refuge de la Vormaine
05 - 3H47
06 - Ventrilogue
07 - Dieux
08 - Interlude
09 - Monument
10 - Corps
11 - Quand disparaitre
12 - Venus Anadyomène

08 avril 2022
Decembre Square / Kuroneko


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