Arman Méliès - Obaké (2023)

Vendredi 15 septembre 2023, 6h45, le jour dort encore mais mon envie, elle, n'attend pas pour s'éveiller. Je suis sur le quai de gare, j'enfile mes écouteurs dans les oreilles, je sais que Obaké vient d'arriver et je suis sûr de ce qu'il va se passer. Après un dernier album dédié à la musique acoustique et aux grands espaces américains, Arman Méliès se réinvente en compositeur électronique et brasse dans un double album maximaliste aux textures synthétiques et à l’écriture cinématographique.

Mon court trajet domicile-travail sera accompagné qu'avec le premier titre Ta peine. Ces couches sonores vaporeuses, ces murs de sons éparses qui bouleversent l’âme, une voix éthérée dans laquelle je viens instantanément piocher les mots que j'ai besoin d’entendre… Pas de doute, j'y suis. Du pur Arman Méliès qui s'accroche aux tripes, qui réveille le cœur. Je savoure le moment de cette première fois dans cette fin de nuit Rennaise en me disant qu'enfin, Obaké est à moi, sera en moi. Elle vient tout juste de commencer, mais c'est déjà ma journée préférée. Un premier titre de dix minutes (en streaming sur deezer le morceau n'est pas coupé en deux parties), l'introduction instrumentale est longue mais infiniment palpitante, enivrante. Je plane. Venez me récupérer si je dépasse la couche d'ozone s'il vous plait ! Je lève les yeux au ciel, il y a encore des étoiles et je crois apercevoir cette chanson scintiller. Quatre minutes plus tard :  quelques accords de guitare, Méliès se met à chanter... Pourquoi ? Mais pourquoi ? Ce n'était pas suffisamment planant Mr Arman ? Non apparemment... Je suis en lévitation totale... C'est dur de décrocher, ça doit être dur de ne pas vouloir s'accrocher... Ta peine, ta peine, je la ferais mienne... Ground control to Major Tom ici la Terre... Descente en gare de Rennes, terminus, la journée sera une promesse de beaux rêves. 

Vendredi 15 septembre 2023, 22h45, le jour s'endort, j'enfile de nouveau mes écouteurs dans les oreilles, le canapé est quand même plus confortable que le quai de gare. J'ai passé le début de la nuit en compagnie d'Obaké. Je n'ai pas encore pu acheter le vinyle, mais je sais que je pourrais l'étreinte dans mes bras bientôt. Je veux le voir tourner sur la platine comme ses mélodies me font tourner la tête. Je suis retourné de partout. S'il n'est pas reconnu comme étant l'un des plus grands auteurs de la scène française actuelle par les gros médias et le grand public, alors c'est que l'humain n'a rien compris à la puissance des émotions. Ce disque n'est pas qu'un produit et il est bien plus que l'œuvre d'un artiste, c'est un vecteur de sensations. De sensations fortes, parfois incontrôlables, toujours irrésistibles. Tant mieux. J'ai envie de vivre intensément à travers la musique que j'écoute. Et il tombe à point nommé.

Dimanche 24 septembre 2023, après-midi d'un deuxième jour d'automne.
Énième écoute. Je ne peux dire à combien j'en suis. Elles ont jusqu’ici toutes été semblables et une réflexion revient souvent. Si tout est vivant, la mort est partout. Il faut une appréciation spirituelle, intérieure, pour saisir l’animisme que véhicule l'atmosphère de cet album. J’entends la mort et pourtant, plus les titres défilent, plus je vois se marier avec elle une ode universelle à la vie. Une catharsis que ces mélodies entre synthé-pop, rock'n'wave et electro viennent illustrer. C’est dans le détail que ça se savoure encore plus. Tel un Mark Hollis, Arman Méliès explore, expérimente pour proposer le son particulier, la note qui fera la différence pour émouvoir l'auditeur.

Je m'y sens bien. L’apaisement règne, il est si salvateur avec son goût d'agrumes et de couchants ensoleillés, de nostalgies et de rêves. Il me suffit de ré-entendre la grandiose et lumineuse élégie Ta peine pour ressentir l’éventail des sensations à capturer. J'y cueille toutes les beautés possibles. Dès ce premier morceau je me sens habité de manière convulsive, Le ventre monde (mange tes morts) m'emporte définitivement par ses vagues sonores. Obaké 1 m'entraîne lui, lentement vers une ambiance lancinante et obsédante... Je sais alors que je pars pour un voyage initiatique vers mes propres doutes, les fantômes du passé, mes troubles et mes maux. Pourtant, dans l'obscurité, Obaké prend vie et devient une entité qui rayonne et se reflète sur les murs de mon existence.  

Une semaine, bientôt deux que j'écoute ce disque, uniquement celui-ci. C'est que j'ai du mal à m'en défaire, j'ai du mal également à y poser mes repaires. Plus d'une heure et demi de musique synthétique aux symphonies bouleversantes, il est imposant, il est intense, il est complexe, entre les morceaux instrumentaux hors du commun, les titres aux chants d'Arman Méliès sublimés par la musique (Les douleurs fantômes, La chancelle) et les excellents feat. comme Les mondes périphériques avec Abd Al Malik, l'incroyable Haunted avec la Suédoise Fredrika Stahl ou le duo déroutant Agora avec La Féline, une passion s'installe et fait tourner la boussole. Un album magnétique, j'y reviens encore et encore. Tout à l'heure je suis sorti de la douche et je me suis allongé sur le carrelage froid, absorbé par le dernier titre Tombés dans la nuit qui faisait trembler le haut-parleur de mon enceinte bluetooth, le regard fuyant, mon corps quelque part en gravité entouré d'esprits aimants...


Tracklist
01 - Ta peine
02 - Le ventre monde (mange tes morts)
03 - Obaké 1
04 - Agora (feat.La Féline)
05 - Neon demon (feat.Syd Matters)
06 - Vanisher (feat.Adrien Soleiman)
07 - Un royaume

01 - Les douleurs fantômes
02 - Haunted (feat.Fredrika Stahl)
03 - Obaké 2
04 - Les mondes périphériques (feat.Abd Al Malik)
05 - L'atoll (feat.Mondkopf)
06 - La chancelle
07 - Tombés dans la nuit

15 septembre 2023
Bellevue Music


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