Josy Basar - Le Chien (2026)
Je suis tout seul à gérer Break Musical, même si je ne le suis pas dans ma tête. Je reçois, sans déconner, une trentaine de mails par jour et c’est difficile de suivre la cadence, surtout pour quelqu’un comme moi. Alors parfois, il m’arrive d’en ouvrir un et de me laisser séduire par un mot, une photo, une image, un titre…
Quand j’ai reçu celui concernant le nouvel album de Josy Basar, j’ai d’abord été gêné par les mots de Lucas, qui me disait que ce n’était pas la première relance… Celles et ceux qui s’occupent de la promo d’un artiste font quand même un métier de dingue. Bravo et merci à vous, parce que sans cette persévérance, je n’aurais jamais vécu ce que je viens de vivre en découvrant Les volcans, premier titre de l’album Le Chien qui vient de paraître.

Peut-être que j'y suis entré à tâtons mais il m'a fallu seulement quatre minutes pour plonger dedans les deux pieds en avant. C'est terrible la sensation que quelque chose se déplacer en soi quand un morceau nous envahi instantanément. Claque immédiate, choc frontal. Dans cette chanson aux sonorité synthé-électro c'est un glissement. Comme si le réel se décalait légèrement, comme si tout devenait un peu plus flou, un peu plus dense aussi. Le casque sur les oreilles, Josy Basar me prend par la main. Quand il scande à répétition "et la fin du monde" rien n'est froid, rien n'est rigide et les mots m’attirent dans leur logique, dans leur obstination. Oui biensûr ça fait penser à Deutsch Amerikanische Freundschaft (mais leur impact est énorme), à cette manière de poser des rythmiques sèches, presque autoritaires. Mais là où D.A.F peut être écrasant par moment, ici je ressens autre chose. Une insistance, une répétition qui finit par m’engloutir doucement. Il y a cette présence vocale qui me rappelle par moments Lescop, cette façon d’habiter chaque mot, de ne jamais le laisser exister gratuitement. La voix de Josy Basar, m’a dérouté. J'aime cette fragilité rugueuse, cette manière de laisser les aspérités vivre. Et puis, à d’autres instants, je me suis senti plus proche des errances solitaires de Octave Noire, des nuits fauves de Nous étions une armée (chroniqué il n'y a pas longtemps ici-même et sacrément ancré dans mon esprit) comme si la musique devenait un espace intérieur où j'aime me perdre sans témoin. Mais au fond, ce qui m’a marqué, ce n’est pas tant ce à quoi ça me fait penser. C’est ce que ça me fait. Il y a dans Le Chien une tension constante, une poésie presque contenu à l’excès. J’ai souvent eu l’impression que tout pouvait basculer, que le morceau allait se fissurer, s’ouvrir et ça n’arrive jamais vraiment. Ou alors autrement, plus subtilement. Ça me tient. Ça m’empêche de décrocher. Les arrangements m’ont paru presque austères au début et puis, sur un morceau comme Midi minuit, j’ai compris qu’ils étaient là pour autre chose. Comme une pulsation tout est à sa place, propre et si délicat dans les détails. C’est justement grâce à ceux-ci que se crée cette intensité envoutante. Nathalie Baye vient de mourir, je repense à son rôle dans Laurence Anyways et musicalement Josy Basar à sa place au milieu de Moderat et Visage. Pourquoi je dis ça ? Parce que j'écoute actuellement le morceau André qui est une tuerie, presque orgasmique. Je monte le volume, je me laisse happer par ce synthé qui ne pourra faire taire mes désirs de devenir le protagoniste de la chanson, de ne faire qu'un avec ce son mortel. J'offre mon corps. Les textes, eux, ne s'offrent pas si facilement. Je n’ai pas tout saisi aux premières écoutes. Peut-être obnubilé par la musique, mais je sais qu'ils seront là quand l'album sera devenu un compagnon de longue route. En attendant j'attrape des images, des fragments, des sensations. Ça parle de corps, de nuit, de solitude, de mort, mais jamais de manière évidente. Et ça me plait, justement, de ne pas tout comprendre. Ça oblige à rester, à revenir, à chercher à comprendre, à s'intéresser, à s’élever au final. Alors ça va, parce que c’est un disque qui revient, qui suit, qui reste, un peu comme une odeur ou une impression persistante. Dans ma tête, il y a une rythmique qui continue de taper, une intonation qui reste accrochée quelque part. Le morceau éponyme Le Chien est un terrible magnifique exemple. Ce soir promis, quand il fera nuit dans mon salon, je serais là debout, le casque sur les oreilles, pour vivre à fond ce qu'il me fait ressentir dans cette nuit particulière dans laquelle il m’embarque. Pas une nuit festive, pas une nuit rassurante. Une nuit intérieure. Celle où l'artiste fait en sorte que l'auditeur se retrouve seul avec ce qu'il évite d’habitude. C'est certain qu'il va se passer quelque chose. Mais d'abord sanctifions cet artiste pour son œuvre magistrale qui fait partie de mes coups de cœur de l'année.
Tracklist
01 – Les volcans
02 – Le chien et le perroquet
03 – Midi minuit
04 – André
05 – Insulaires
06 – Le chien
07 – Dans la nuit du 8 août
08 – Farniente
09 – Tes braises
10 – Mobilier urbain
17 avril 2026
Coco Machine
www.josybasar.bandcamp.com
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