Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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4 janvier 2018

Christian Olivier - Prévert

Voilà deux artistes en équilibre sur le fil de mon horizon. Voilà un album flambant de quelques lueurs de mots familiers, il y a de la poésie dans l'air sur fond de musique qui ravive toute chose. Et pourtant, même satisfait d'avance, je glisse de surprises en émerveillements.


Sobrement intitulé Prévert, Christian Olivier met en musique les textes du poète. Une belle rencontre. Une fusion évidente, tant la voix du chanteur colle magnifiquement aux mots de l'auteur. Des textes accompagnés idéalement de musiques dépouillées qui ne s’imposent jamais, restant derrière les mots pour les laisser dans la lumière, s'envoler vers nos âmes.
L'album commence sur Pour toi mon amour, un texte profond, que j'avais définitivement aimé par la version de Thomas Fersen sur son premier disque Le bal des oiseaux. Ici, la présence d'une lame sonore bouleverse, apaise, m'aspire dans l'essentiel : L'oeuvre de Jacques Prévert. J'étais posé dans mon canapé, l'album dans le mange-disque, et à la fin de la chanson je me suis levé et je suis allé chercher mon vieux livre de poche Paroles jauni par le temps et l'usure de mes doigts sucrés d'enfant, puis gras d'adolescent, puis usés d'adulte... S'ensuit Tant bien que mal, et nous ramène musicalement un peu plus vers l'univers Têtes Raides. Au grand plaisir des oreilles ! Sans surprise, je savais que les émotions seraient aux rendez-vous. Comme avec Barbara. Une version guitare acoustique, un piano timide, si belle, si douce, si simple, si poétique, si vraie, si intense. Au cinquième morceau on en viendrait déjà à remercier Christian Olivier pour l'homme et l'artiste qu'il est, pour le bonheur qu'il offre, pour cette culture qu'il propage... Pater Noster, j'aime bien, mais j'ai tellement consommé la version du grand Serge Reggiani naviguant sur un orgue de barbarie puissant que je ne pourrais lui être infidèle... Celle de Christian Olivier est totalement différente, métallique et mystique avec ce refrain oooh oooh génial. Voilà ce qui fait l'un des charmes de l'album, cette puissance de ces musiques si prenantes et pourtant si discrètes dans le seul but que celui de mettre en avant la prose versifiée de l’auteur de Les feuilles mortes. D'ailleurs le voilà LE chef d'oeuvre. À mi-chemin du disque, Yolande Moreau apparaît. La formidable actrice devient une bouleversante chanteuse. J'ai le cœur qui aime. J'ai le cœur qui... Trompette, scie musicale, guitare acoustique m'emporte dans un tourbillon de mots et d'émotions... On retrouve la Yolande que l'on connaît dans un slam improbable sur fond de violoncelle dissonant dans Rain Song, et puis je disparais dans les mélodies, dans le chant d'Olivier et les mots de Prévert, préférant arrêter toute vie sociale et tâche quotidienne, pour mieux avaler ces textes si forts (L'ordre nouveau), si prenant (Rue de Seine), si tendre (Cet amour) et puis revenir dans la vie, avec l'agréable impression d'avoir nourri mon âme, le sourire, un sifflement entêtant en tête avec Le concert n'a pas été réussi. Cet album oui. Oh oui.   


Avec ce somptueux hommage brillant et poignant à Jacques Prévert, Christian Olivier livre un album en parfaite symbiose avec son univers et celui de l'auteur. Un délice.

Tracklist
01 - Pour toi mon amour
02 - Tant bien que mal
03 - Étranges étrangers
04 - Chant Song
05 - Barbara
06 - Pater Noster
07 - Les feuilles mortes
08 - Rain Song
09 - L'ordre nouveau
10 - Les belles familles
11 - Rue de Seine
12 - Citroën
13 - Cet amour
14 - Pour la batterie
15 - Le concert n'a pas été réussi

24 novembre 2017
Fontana, Mercury Music Group

www.facebook.com/christianolivieroff
www.christian-olivier.net

 
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