Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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23 août 2018

Miossec - 1964

Une nuit, j'ai rencontré une deuxième fois Christophe Miossec.
Un samedi soir perdu au milieu d'immenses écharpes de fumée dans ma petite piaule d'adulte encore trop jeune pour ce monde, j'ai poussé la curiosité un peu plus loin que d'habitude. Violence. Dans le cœur de ce samedi soir particulier, on pouvait entendre le mien battre très fort jusqu'au bout de la nuit.


Miossec faisait déferler ses mots, ses histoires, ses peines, sa pudeur, sa rage, tout ce qu'il avait sur le cœur, tout ce qu'il avait au fond de sa bière, tout ça droit sur moi, tout ça droit sur ma solitude nocturne. M'enivrant d'alcool et de mélodies, je l'écoutais me conter les chroniques d'une vie écorchée. Envahi par la mélancolie, pétrifié d'admiration dès le premier round. Je m'en vais... Faux calme, immobile parce que pudique, Miossec m’enfonçait dans le souterrain de mes propres souvenirs peuplés de fantômes, d'échecs amoureux, de désastres sentimentaux... D'une puissance obscure, cette chanson de rupture n'était pourtant rien d'autre que l'une des plus belles déclarations d'amour que j'avais pu entendre jusqu'alors et pour toujours. De partir au bon moment, de partir avant que...  Je m'en vais car l'on s'est vu voler / Je m'en vais avant que l'on ne puisse atterrir / Je m'en vais car l'on s'est tant aimé / Je m'en vais bien avant de te détruire... Dans le fond du canapé, le casque sur les oreilles, je crois que j'avais une étoile au coin de l’œil qui s'était mise à briller comme un diamant aux premières notes de Brest. Une larme venue du ciel. La Rade pas trop loin, ce fût une houle sentimentale dans mon crâne, comme je n'en avais jamais vécu jusqu'alors et pour toujours. Une minute trente plus tard, à ce moment-là précis, je l'ai définitivement aimé en un battement de cils. Ceci n'est pas un manifeste / Pas même un sermon, encore moins une messe / Mais il fallait bien qu'un jour je disparaisse / Doit-on toujours protéger l'espèce ? Et puis, sans avoir le temps de me tourner vers une prochaine nuit, les autres morceaux m'ont aspiré en me donnant le courage de croire à la poésie dans cette vie, une poésie aussi belle que l'orchestration sur Désolé pour la poussière. Une envolée de cordes pour sauver l'idiot qui ne l'avait jamais prise dans ses bras, comme un imbécile qui risque de ne jamais la revoir. Oh Rose, comme s'en vont les choses... Quelques mois après avoir pris une claque en tombant amoureux de l'album Baiser, j'ai balancé mon corps dans une nouvelle et rude épreuve. Je m'en souviens comme si c'était hier, il y a bientôt quinze ans... Je me souviens de la dévastation qui a suivi la découverte de ce disque. Parce que c'est vif dans ma mémoire comme une chair éclatée, les cicatrices sur l'âme, parce que cet album aussi, a secoué ma sensibilité. Il était bientôt trois heures du mat ... Cet album, c'était comme un dernier rempart, c'était ce qu'il y avait de mieux quand il n'y a personne.


1964 fut le deuxième album que j'ai découvert de Miossec, l'élément déclencheur d'une fantastique aventure garnie d'émerveillement, de concerts, d'albums à découvrir, d'amour pour les mots,  pour la vie écorchée. Instaurons l'état d'urgence / Des missions de reconnaissance / Ne restons plus sur nos défenses / Nos pavillons de complaisance / Engageons-nous dans la résistance... Je me suis resservi un verre... Dis-moi, à qui tu penses ? A quoi bon se mentir ? A ce rythme-là, j'ai vu le soleil se lever...

Tracklist
01 - Je m'en vais
02 - Rose
03 - Brest
04 - Essayons
05 - Ta chair ma chère
06 - Rester en vie
07 - Le stade de la résistance
08 - Désolé pour la poussière
09 - En quarantaine
10 - Dégueulasse
11 - Les gueules cassées
12 - Pentecôte

01 mars 2004
[Pias]

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