Manu Galure - Vertumne

Du latin Vertumnus, de vertumnus, "qui se tourne" (à cause du soleil d’automne ou du changement de végétation), participe moyen de vertere "tourner". Tourner ? En rond ? Non, mais plutôt bouger, marcher, changer de direction, être en mouvement, agir, vivre, vivre vraiment. C'est un peu comme ça que je vois l'univers de Manu Galure, ce bel artiste singulier que j'ai découvert il y a une poignée d'années via Nicolas Bacchus. 


Vertumne et que se mettent à tourner les mots. Ici les mots dansent, Que les sangliers te mangent les pieds m'émerveille par la danse des mots qui volent à travers le ciel couleur jazzy donné à la chanson qui ouvre le bal. Plus qu'un album studio, j'ai l'impression d'écouté un direct dans mon salon. Douce sensation mobile et je sens en moi quelque chose qui s'envole et accompagne ce délicieux spectacle qui s'offre à mes oreilles. Les mots virevoltent, tourbillonnent, dansent autour de moi, simple auditeur plongé dans les chroniques de l'auteur. Je ferais la chanson qui n'a rien à voir, je continue le chemin et je prends conscience du spectacle que j'entends. Un piano mais pas que. Des sons s'invitent, poétiquement s'incrustent, perturbent les habitudes. Le piano n'est pas qu'un instrument, il est une expérimentation, un cobaye de bricolage qui s'évanouit dans les mélodies pour faire place à la poésie des mots, ah les mots... d'une écriture exigeante mais légère, Manu offre l'auditeur une littérature, une culture qui se fait de plus en plus rare chaque jours trop virtuels qui passent. Tout se perd mais rien ne disparait. Il y a des artistes comme ça qui perpétuent une certaine admiration pour la langue Française. Des amoureux d'histoires à compter, des passionnés de nouvelles à partager, des enfants de Boris Vian j'imagine. Je continue ma route toujours émerveiller de ce que mon âme découvre, plus j'avance, plus les titres me projettent dans une sérénade hypnotique. J'écoute mais je veux lire. Je prends le livret de cet album blanc pour mieux plonger. Mon corps agi de lui-même, je laisse tomber les chaussures, je m'allonge et trempe mes yeux dans cette écriture contagieuse. Le jour de l'apocalypse, la mélodie tourne dans une spirale magnifique. D'une douceur lente, chacune des notes me rapprochent vers le cœur de l'œuvre. Un appel que nul amateur du chanteur ne peut ignorer, Manu Galure est en roue libre, il s'exprime, il se lâche, il crée, il respire, il partage et il a des choses à nous chanter : Et depuis la bouche en fleur, sur toutes les routes, je chante de tout mon cœur, pour les gens qui m'écoutent... J'ai dormi près d'un arbre éblouissant de lumière et de chaleur pendant quelques minutes, je ferme les yeux pour ressentir dans la moindre particule ce moment au près d'un arbre qu'il a sûrement vécu lors de son tour de France à pieds et en chansons, chantant chez les gens à tête d'oiseau pendant près de deux ans.
Et quand Manu Galure commence à chanter Toi qui vis comme un oiseau, le timbre me perturbe, le ton me bouleverse, l'écriture et l'interprétation sont trop saisissantes pour m'empêcher de dire qu'on dirait du Jacques Higelin ! J'imagine là une belle influence. Enfin le dernier titre - Les pompiers de Cherbourg - amorce peu à peu une descente vers la fin du spectacle dans mon salon, dans mes oreilles, je regarde une dernière fois le livret pour m'imprégner de l'écriture franche et drôle façon Jean Boyer de ce dernier titre. Bref autant un plaisir à entendre qu'à lire, et je ne suis sûrement pas le seul à vouloir le voir de mes propres yeux pousser la chansonnette... Alors dès qu'il pourra reprendre la route... 


Manu Galure revient avec un quatrième album que je définirai comme un recueil bucolique de dix chansons que l'on écoute comme on se balade au rythme des saisons accompagné d'un vadrouilleur-rêveur passeur d'émotions... Pour un agréable moment assuré...    

Tracklist
01 - Que les sangliers te mangent les pieds
02 - Je ferais la chanson qui n'a rien à voir
03 - Comme leur table
04 - Il existe des pluies anciennes
05 - Le jour de l'apocalypse
06 - J'ai dormi près d'un arbre
07 - Vous avez dans votre ville
08 - Toi qui vis comme un oiseau
09 - Les pompiers de Cherbourg
10 - Sous l'arbre de la place

12 mars 2021
Le cachalot mécanique / Bacchanales Productions


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Commentaires

  1. C'est marrant, les chansons que j'ai préférées sur l'album sont celles dont tu ne parles pas (à part Je ferais la chanson qui n'a rien à voir). J'aime beaucoup Il existe des pluies anciennes que je connais depuis pas mal de temps.
    Concernant les sangliers, lorsque je suis allée le voir à Montataire sur son Tour de France à pieds et en chansons (je lui avais suggéré la ville car c'est là-bas que je l'avais découvert, au Palace, en 2011), nous avions parlé sangliers justement. Il en a croisé sur son parcours (pas étonnant quand tu marches 25km par jour !) Les pompiers de Cherbourg nous avait bien fait rire en live (nous avions eu droit également en guise de final à une chanson bien paillarde !) Nous étions 9 je crois (il y avait plein d'autres trucs le même jour dans le secteur), si c'était aujourd'hui on serait presque dans les clous sur le nombre de personnes ! Bref moment très intimiste et plein d'humour.
    Finalement quand tu écoutes l'album tu es un peu sur les routes avec lui...

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