Dans une sorte de prolongation - réductrice, j'avoue mais gourmande, avouons-le  - de Laughing Stock de Talk Talk, le premier et unique disque solo de Mark Hollis m'avait envoûté au début des années 2000, m'envoûte encore vingt ans plus tard et m'envoûtera dans une autre vie très certainement. Quand le monde est trop pesant, ce disque est un refuge pour m'échapper en musique. Comme un murmure fantomatique qui plane dans la pièce, un chuchotement par-dessus l'épaule, de nuit essentiellement, l'opus éponyme, fragile et jazzy-post-folk de Hollis crée une atmosphère somnolente qui berce, mais trop complexe et imprévisible pour apaiser et faire somnoler. Non, avec ces huit titres là, nous sommes en apesanteur dans de bien belles mélodies silencieuses et une réalisation d'orfèvre qui tiennent en éveil. L'âme en suspension sur le fil brumeux et feutré d'une musique mélancoliquement acoustique, minimaliste. Si proche, au corps à corps. Avec ce disque nocturne pour moi, son chant du cygne, Mark Hollis marque au fer rouge - de celui des grands auteurs-compositeurs de l'histoire de la musique - l'aboutissement d'une carrière mémorable, nous laissant en héritage, un univers de poésies et de musiques qui ne demandent qu'à vivre passionnément avec nos nuits mouvementées, disque qui tourne sur la platine, casque qui vibre sur les oreilles, l'âme planante au milieu de cette constellation musicale rare...

"Le silence dépasse tout; j'aimerais mieux entendre une note que d'en entendre deux, et j'aimerais mieux entendre le silence que d'entendre une note". Disait-il... Ceux qui sont submergés d'émotions à l'écoute des deux dernières minutes de la dernière chanson (A New Jerusalem), du dernier album de l'artiste comprennent...

Tracklist
01 - The Colour Of Spring
02 - The Watershed
03 - Inside Looking Out
04 - The Gift
05 - A Life (1815 - 1915)
06 - Westward Bound
07 - The Daily Planet
08 - A New Jerusalem

26 janvier 1998
Polydor Records