Les retrouvailles est le cinquième album de Yann Tiersen, où l'on retrouve des histoires de vie sur fond de paysages insulaires. Dans ces expéditions mélancoliques mes écoutes sont toujours trempées de pluie, pour le meilleur.


La mélancolie ça fait mal et ça fait du bien, parce que ça serre toujours le cœur. Les retrouvailles ça s'écoute seul, chez soi, en automne, face à la fenêtre en regardant la pluie qui tombe. Peut-être avec un feu de bois. Oui c'est mieux comme ça. Et puis des crêpes, avec de la confiture maison. Ou alors si nous sommes fous on peut prévoir de l'écouter écouteurs sur les oreilles, au guidon d'un vélo arpentant les routes de Ouessant en se foutant de tout. En tout cas quand on écoute Yann Tiersen il faut que ça frotte, parce que les mélodies viennent de loin. Celui qui ne sent pas les sensations qui se dégage de l'album, je n'envie pas sa vie. Ce n'est pas la peine de pondre une merveille de piano comme Le Matin ou de violon comme 7:PM si ce n'est pas pour faire vibrer nos émotions intérieures. C'est la tempête dans mon corps dans ces cas-là. Et toi comment ça se passe ? Est-ce que tu fermes les yeux ? Est-ce que tu pleures ? Est-ce que tu rêves ? On en oublie nos problèmes, on en oublie un peu la vie, la mélancolie c'est pas vendeur de divertissement. Elle ce qu'elle veut, c'est distribuer uniquement du bonheur, même si ça peut faire mal pour les émotifs compulsifs que nous sommes. Va, il y a quand même des sourires sur les visages avec Les Retrouvailles, quel bol d'air cette chanson bordel ! L'accordéon il est toujours là pour te faire l'amour sur La jetée. Quand ça valse faut ranger ses soucis un moment et partir errer dans les champs de rêves, souffler son spleen face au vent des bords de mer Loin des villes, s'accrocher à La Veillée en espérant ne jamais sortir de cette danse enivrante que nous offre la musique, la vraie.

Enivrante de voix aussi, comme celle d'Elizabeth Fraser, portée par des cordes, par un piano, que ce soit sur le déchirant titre Mary ou le mélodieux et envoutant Kala. Comme quand Stuart A.Staples sur A Secret Place fait lever le vent dans la tête. Comme celle de Jane Birkin qui caresse mes frissons sur Plus d'hiver, et fait sauter toutes mes limites, pour atteindre, bien plus profond, le cœur de mes émotions. Elle est là, la musique. Elle est là quand Christophe Miossec et Dominique A rejoignent Yann Tiersen pour Le jour de l'ouverture. Ça commence à faire beaucoup pour un seul auditeur. Mais c'est ça d'écouter ce genre de musique face à la pluie qui tombe, en oubliant tout et en se laissant envahir par les émotions. Alors, tant pis pour ceux qui ne comprennent pas.
Ce matin je suis tombé sur un commentaire peu élogieux sur certain aspect de la carrière de Yann Tiersen, par une personne très terre à terre et qui doit vraisemblablement manquer cruellement de poésie dans sa vie. Alors comme il pleut, que j'ai le moral à fleur de peau, je viens de m'écouter Les retrouvailles pour me confirmer une nouvelle fois que ce disque est bien capable de bouleverser le moment où sa musique se joue de nos âmes, de nos rêves et de notre espace-temps dans un bonheur palpable, quarante cinq minutes ici mais ailleurs. Et donc, aussi souhaitable qu'il soit, je crois que ce n'est vraiment pas pour le succès que le breton faisait de la musique à l'époque, mais bien pour toucher le cœur des gens capable de prendre sa musique pour s'évader quelques instants...


Tracklist
01 - Western
02 - Kala
03 - Loin des villes
04 - La veillée
05 - Plus d'hiver
06 - A ceux qui sont malades par mer calme
07 - A secret place
08 - Le matin
09 - Les enfants
10 - Le jour de l'ouverture (avec Dominique A et Miossec)
11 - La boulange
12 - La plage
13 - Mary
14 - 7 : PM
15 - Les retrouvailles
16 - La jetée

23 mai 2005
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