Ô Lake - Still

C'est le récit d'une expérience comme je les aime. C'est encore l'hiver, le soleil se couche tôt en cette période de l'année. Je sors du train, les lumières de la ville éclairent de leur pâleur le bitume sous mes pieds. Un froid de gueux déchire mon manteau et mon pantalon. J'avance tête baissée, casque sur les oreilles, la capuche qui recouvre tout du mieux qu'elle peut.

Il fait froid mais qu'importe au fond. Je préfère encore être frigorifié jusqu'aux os, plutôt que de passer à côté de ce rendez-vous, ce mail que j'ai reçu tantôt m'invitant à découvrir avant sa sortie, le futur album du Rennais Ô Lake. Avec cette musique, la nuit glacée montre un tout autre visage, légère, plus simple aussi. La solitude prend un sens. Je vais marcher ainsi pendant plus d'une demi-heure dans une sorte de liberté au milieu d'une vie qui me fait suffoquer de sa folie bestiale. La musique aide. Ce genre de musique aide à se sentir différent. Après plus de 8 millions de streams cumulés à ce jour, Sylvain Texier (The Last Morning Soundtrack, Fragments) revient avec Still, son nouvel album. A la manière de Woodkid ou de Hans Zimmer, dans une veine néo-classique, le compositeur réussit un savant mélange de musique de film, d'électro-pop et de musique classique. Pour ma part, le disque de Ô Lake sera quelque part posé soigneusement au milieu des œuvres de Yann Tiersen, de Damien Dufour (alias Ending Satellites), de Max Richter. Des similitudes géographiques, artistiques ou cinématographiques mais surtout enivrantes, envoutantes, vivantes. 

Les musiques défilent, l'ambiance est émouvante, envahissante de sensations, chargée en électricité et en désir charnel, les lumières tamisées des rues de Châteaubourg, mélange de jaune et de nuit, donnent à mes envies une grasse féline qui fait vibrer mon corps de sensualité. Une atmosphère chargée aussi de rêves, d'élévation, qui fait battre le cœur et pose un filtre sur mes yeux pour ne plus voir les horreurs qui m'entoure. Oui, tout devient plus léger, plus simple, je vois la beauté partout où j'ai envie de la voir. Mes pas me guident instinctivement vers un ailleurs. Physiquement, je sais où je vais, mais je veux quand même avoir la surprise de ce qui m'attends au bout du disque. Cette découverte est une nouvelle aventure, je suis perpétuellement à la recherche des œuvres qui se respectent, que l'on aime retrouver avec hâte, que l'on écoute avec envie, comme ici, comme maintenant, du premier titre sublime Everest, qui porte bien son nom tant l'ascension est d'entrée vertigineuse, au dernier titre Motions qui clôture avec tendresse et grandeur l'univers d'un artiste créateur de bonheur pour les âmes sensibles. Entre temps ? C'est l'errance heureuse, écrasante d'amour et de passion. Le quotidien balayé d'une main souple sur une vie tendue. Les rêves se forment, soulignés d'un piano funambule en équilibre entre les ombres et les lumières. Enregistré avec un orchestre à cordes de 40 musiciens, Still déploie ainsi neuf pièces faites de piano ouaté, de nappes synthétiques évanescentes, de cordes soyeuses et émouvantes (December 30th, Distance), mais aussi de beats électroniques cinglants (Here), venant déchirer l’espace sonore en majesté. Ainsi, la poésie s'installe, le temps est suspendu. Nous y sommes, là où chaque auditeur trouvera son refuge. L'artiste a trouvé source auprès de Lamartine et de son poème Le lac d'où il tire son nom de scène. Moi je suis dans un endroit où la mer n'est jamais bien loin, il y a du vent, ce vent que l'on aime respirer. Je suis au milieu d'un paysage aussi délicat que la musique qui habite ce rêve. Un lieu frais où la nature règne paisiblement, un endroit qui ressemblerait à certains coins sauvages de Bretagne avec Innocence comme trame sonore. Oh que je suis bien. Aussi bien que dans ces rues, sous un froid barbare qui ne m’empêche pas de sourire paisiblement. C'est sûr que ceux qui écouterons ce disque auront le visage radieux. Un sourire au coin des lèvres et des yeux pudiques devant tant de beauté. Je crois que je rougis, c'est peut-être le froid qui se pose sur mes joues ou c'est peut-être la musique qui réchauffe mon cœur ? Dans tout les cas, je suis bien, qu'importe le froid. Illuminé de guitares cristallines et de cordes frénétiques, avec cet album, on prend le temps de vivre, de rêvasser, de danser doucement, de jouir, de s'aimer, d'aimer, de se perdre ici et là, alors achetez ce disque, caressez-le, posez-le sur votre platine, montez le volume et profitez d'être vivant pour vivre ça !


Tracklist
01 - Everest
02 - Night Moves
03 - Innocence
04 - Avalanche
05 - Décembre 30th
06 - Funeral
07 - Here
08 - Distance
09 - Motions

03 mars 2023
Labels Patchrock & Night-Night records


www.olakemusic.com
www.olakemusic.bandcamp.com

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