Jane Birkin by Friends

Mardi 14 novembre 2023, 18h00, je m'assois dans le train et j'allume mon portable pour voir mes messages reçus, c'est mon anniversaire. La page Facebook de Jane Birkin annonce un concert exceptionnel. Le 03 février 2024, 23 artistes vont reprendre 23 chansons de sa dernière tournée, tristement interrompue, seule cette date ne sera pas annulée. Vingt minutes plus tard, arrivé à la maison, je m'installe devant mon ordinateur et j'achète deux places instinctivement. C'est pour Jane, c'est à l'Olympia, la programmation est alléchante, je ne vais pas tourner autour du pot.

Trois mois à attendre.
Et la perspective d'un week-end à Paris en amoureux, mais aussi de découvrir l'Olympia et puis surtout pour vivre ce moment qui s'annonce déjà exceptionnel…

Jour J. La file d'attente sur le trottoir semble interminable, mais finalement, nous arrivons assez rapidement devant la devanture de la salle mythique. Je lève la tête, les lettres rouges, rouges immenses, rouges intenses. Il est écrit le nom d’une étoile en lettres rouges qui brille du boulevard des Capucines jusqu'au ciel de Paris. Nous y sommes. Nous entrons dans le grand hall d'entrée, je suis pris de frissons. Une bière, un détour au pipi-room, et impatiemment assis sur mon siège, je regarde la salle se remplir doucement. Je repense à l'histoire du lieu, ses anecdotes, ses concerts mythiques.

Les lumières s'éteignent, plus le temps de penser à quoique ce soit, Yvan Attal entre sur scène. Sur le dépliant, c'est noté qu'il s'occupe de la présentation. J'ai eu le temps d'apprendre par cœur la brochure tellement j'ai lu, relu, scruté la moindre ligne de ce qui est proposé, de ce qui paraît si alléchant. Yvan fait du Attal, un discours pas chiant et rapide, simple comme Jane l'était. Pas d'artifices, pas de pathos, l'idée est de jouer l'exact concert que Jane aurait donné dans cette salle, ce soir-là. Les musiciens de la chanteuse entrent sur scène et jouent les premières secondes de Je t’aime moi non plus avant l’arrivée de Marion Cotillard qui, sans transition, entonne Jane B. Pas de doutes, les larmes vont se mettre à couler ce soir. Puissant, le mot paraît bien faible. La performance de l’actrice est époustouflante. Applaudissements, Dominique A entre à son tour pour Ces murs épais. Il présente les musiciens, Jean-Louis Pierot, François Poggio, Colin Russeil et Marcelo Giuliani (puisque c'est à ce moment-là que Jane le faisait sur la tournée) et s'empare physiquement de la chanson. Il fait danser ses bras et ses jambes élastiques. Je suis envahi de beaux sentiments. Enfin ! J'aurais dû le voir pour la première fois quelques mois auparavant sur Brest avant qu'il ne se casse la jambe et reporte son concert sur une date qui ne nous convenait plus. Parce que qui dit concert à Brest dit nuit au Vauban pour quelques beaux rêves non loin de la fameuse chambre écossaise de Jane... Il y a des rêves comme ça qui ne s'explique pas… Et après Keren Ann pour Ta sentinelle, les cornemuses résonnent dans la salle. Miossec apparaît, quatrième titre et quatrième fois que je suis pris de bouffées d’émotions. Celles-ci sont encore plus fortes touché par ce que traverse le breton. Je suis si heureux de le revoir une énième fois sur scène, de le voir chanter À marée haute d'une belle présence… Et je remarque que chaque chanson colle parfaitement à son interprète du soir, avec ce sentiment étrange que Jane est là, sur chaque morceau. Son sourire que l'on revoit se reflète sur nos visages radieux par nos yeux humides.


Quand Jane Birkin chantait Oh ! Pardon, tu dormais… sur l’album, c’était Etienne Daho qui lui rendait la réplique. Les premières notes de la chanson résonnent et il s’avance sur scène accompagné de la belle Fanny Ardant, surprenant l’auditoire en inversant les rôles. D’une élégance douce et de sa voix empreinte de sensations incontrôlables, elle a ébloui la scène tout en restant dans l’ombre. Petit déhanché de Daho, le duo est superbe.

De cette soirée, je retiens l’interprétation grandiose de Catherine Ringer sur Ex fan des Sixties. Parce que la Mitsouko met le feu au titre à sa façon tout en respectant le hit. Parce qu'aussi, quand elle prononce le nom de Jane dans la chanson, nous explosons tous dans le public. Juste après elle, j'ai adoré l'enchaînement avec Vanessa Paradis pour Di doo dah... Dans le rythme, dans le charme, dans la grâce, totale déflagration de magnificence... Je retiens tellement de choses de cette soirée bouleversante. Voir Mickey 3D interpréter en toute simplicité Et quand bien même. La prestation de Arthur H est incroyable sur le triste morceau qu’est Cigarettes l'autre hommage à Kate après Ces murs épais. Tout en fragilité, Sandrine Kiberlain est touchante sur Baby Alone Babylone, La Ballade de Johnny-Jane est taillée pour Carla Bruni et Matthieu Chedid, à l'énergie contagieuse avec sa guitare en main, s’éclate sur Les dessous chics. Je découvre Jarvis Cocker, superbe voix à l’accent anglais délicieux sur Une chose entre autres, il nous emballe et quand Beth Gibbons chante Ghosts, le plafond de L’Olympia ne peut plus nous retenir. De toute façon, j’étais déjà très haut après le passage d’Eddy de Pretto sur Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, digne héritier de la chanson française qui touche toujours au sublime quand il reprend un classique, c’est évidemment monumental. Vers la fin du concert, Thomas Dutronc est chargé de chanter Les jeux interdits réunissant à la fin du morceau le reste du groupe pour une communion avec le public avant qu’Abd Al Malick vienne nous éclabousser le cœur de son talent sur Je voulais être une telle perfection pour toi. Entre temps, il y a, durant le rappel et devant une scène vide, les vidéos de ceux qui n'ont pas pu venir comme Alain Souchon, Iggy Pop, Marianne Faithfull... Et puis l’enregistrement audio de Jane qui, sur la dernière tournée, remerciait ses musiciens et son public. Nous rappelant l'importance de cette soirée et de son héritage musical. Moment très émouvant. Tonnerre d’applaudissements..

Et puis Charlotte et Lou.

Elles chantent chacune à tour de rôle en milieu de concert, se partageant une séance de chansons avec Ballade de Melody Nelson, Valse de Melody, Ah Melody et L’hôtel particulier. Mais c’est un peu plus tard dans la soirée quand le duo se prend la main sur Quoi ? que je touche définitivement les étoiles de l’Olympia. Les émotions deviennent encore plus fortes, les yeux sont bien plus qu'humides, mon âme est flottante, j'ai le cœur serré, j'y étais !

Après la performance bluffante d’Abd Al Malick, le concert se termine d’abord avec Lou Douillon sur Catch Me If You can et puis Charlotte Gainsbourg sur le déchirant Pourquoi. Un déluge de larmes et d'applaudissements remplit le neuvième arrondissement.

Quand nous sortons de la salle, nous préférons rentrer à l’hôtel à pied. Peut-être pour profiter encore un petit peu de ce que nous venons de vivre. La nuit de Paris est douce, les lumières scintillantes de la ville nous accompagnent alors que nous repensons à chaque moment magique de ce concert déjà inoubliable. 

Trois jours plus tard, je suis toujours sur mon petit nuage et j'aimerais qu'la terre ne s'arrête pas pour ne plus en redescendre...

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