29 octobre 2019

Le premier titre que vous entendrez sur ce nouveau album d'Andoni Iturrioz est assez captivant. Je ne parle pas d'une mise en bouche fracassante mais plutôt d'une entrée en transe, La joie noire nous prend littéralement par la main. On se pose, on écoute, attentif et surtout curieux de découvrir la suite de cet expérience musicale.


Longueur d'ondes le dit aussi, voyant l'introductif La joie noire digne d'un Léo Ferré en majesté. Je pense également au Thiéfaine des années 70 sans le côté délirant sous l'emprise de substances illicites. Un peu, les grands esprits se mélangent sous mon crâne. Bref, un morceau puissant, amorçant l’énergie qui va se dégager du reste de l'album. C'est que le nouveau disque du Basque n’est rien de moins qu’une oeuvre d'art totale au sens noble et le plus luxueux du terme avec son propre univers infini, intense et rare. A titre personnel, je pense qu’il fait partie de ces disques rarissimes qui peuvent bouleverser une vie ou du moins façonner l’écoute de la musique, la vraie. 

Par où et par quoi commencer ? C’est un peu ce sentiment que me laisse la richesse de Le roi des ruines, le troisième album d'Andoni Itturioz. Par où commencer ? Par la beauté des textes ? Par la réalisation et les arrangements qui frôlent la perfection ? Commençons plutôt par l'explication de ce projet pour comprendre pourquoi je ne sais pas par où commencer :

"Chacun sa figure archétypale, pour Andoni Iturrioz, cela aurait pu être Don Quichotte ou Arthur Rimbaud dont l’Alchimie du verbe résonne à l’unisson en maints vers du Basque, mais ce sera finalement à un autre roi des ruines, Michel Vieuchange, bien moins célèbre mais lui aussi chantre du désert et des terres à rides, premier occidental à atteindre la ville de Smara auquel Andoni Iturrioz rendra hommage (Smara). Le Roi des ruines, album concept, est l’aboutissement de près de vingt ans d’apprentissage de soi par l’écriture. Chemin initiatique, tel Dante qui voyage aux Enfers à la recherche de Béatrice, Le Roi des ruines est à la fois caravane et chronique qui s’enfonce au plus profond de l’âme. Chemin initiatique qui se nourrit du socle des références universelles civilisationnelles, bibliques. Andoni Iturrioz pétri de ces sources originelles, utilise la matière ancestrale et multiséculaire pour en faire jaillir un syncrétisme contemporain et personnel, accouché de la rencontre de toutes les tensions pour faire jaillir le juste – donc le Beau – du paradoxe de nos existences. Alchimiste du verbe, disions-nous."

Cet album est fabuleux. D'abord musicalement. Le groupe La Danse du Chien qui accompagne le chanteur et poète nous gratifie de très, très, très, très, très grands moments musicaux, de plusieurs moments très forts, comme dans La fabuleuse histoire de Judas iscariote, où un rock chamanique envahit tout l'espace et le temps. Littéralement. Non mais ce morceau quoi... Je vais avoir besoin de plusieurs écoutes pour comprendre définitivement le texte, mais une seule me suffit pour être possédé, transporté et transpercé. Le K.O dans ma tête, l'apocalypse dans mon cœur. Dix minutes incroyables... Car plus encore que la musique, c'est l'alchimie des mots qui marquent. Si l'héritage de nos grands artistes nationaux n’a souvent inspiré que des copies plus ou moins bonnes, elle a quand même réussi de temps en temps, mais assez rarement soulignons-le, à influencer savamment de très bons artistes. Iturrioz fait partie de cette trempe, et le Basque a dû souper du Ferré pour être si grand aujourd'hui. Et si nous pleurons toujours le génie Léo, Andoni dans la veine est désormais là pour combler cette solitude qui pèse depuis 1993 sur la scène française. La fabuleuse histoire de Judas iscariote, notez ce titre, notez-le bon sang ! S'ajoute à la conception de l'album, Bertrand LouisSamuel Cajal et Lisa Portelli et le projet mêle donc diverses influences que le chanteur n'hésite pas à railler pour la bonne cause : celle de la recherche de soi dans un monde qui part en vrille. Fil conducteur tragique mais aussi fantastique où chaque mot, chaque vers, chaque rime, chaque accord résonnent en puissance et élégance dans un paradoxe qui reflète bien nos existences. Découvrez aussi Dans la rocaille, chanson douce aussi subversive que délicate. Comme un appel, Jérusalem : Une voix lente, envoûtante, mêlée à des accords incroyablement parfaits et à des paroles fragiles et fortes à la fois. Olé, puis on se laisse emporter définitivement par cette quête du monde intérieur, à fuir l'immondicité des actes humains et à rechercher la beauté des sentiments. Cet album est une manière de comprendre certaines choses de la vie. Et, est une matière à rester éveillé. Avec ses mots et sa force, Andoni Iturrioz propose une voie à suivre vers son propre destin, et invite les gens à changer leur vision du monde, à partir ailleurs, toujours plus loin, de la poésie dans le baluchon.


Je ne recommande alors qu'une chose, c'est de découvrir, d'écouter et de déguster ce nouvel album d'Andoni Iturrioz afin de se laisser envoûter par ce grand et bel artiste !

Tracklist
01 - La joie noire
02 - Le roi des ruines
03 - Dans la rocaille
04 - La fabuleuse histoire de Judas Iscariote
05 - Révolution
06 - Jérusalem
07 - Smara
08 - Olé

Sortie le 25 octobre 2019
Agorila

www.andoniiturrioz.com
www.facebook.com/AndoniIturriozJeRigole

1 commentaires :

Je l'ai réécouté récemment avec Je rigole, j'irai écouter cet album très prochainement. Parce qu'à la base j'aime déjà ce que fait ce mec, et qu'en plus ta chronique si élogieuse donne envie.

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