Deuxième et dernier album de l'expédition d'Hubert-Félix Thiéfaine aux Etats-Unis. Après New-York pour Chroniques bluesymentales, c'est à Los Angeles qu'il part enregistrer ce nouvel album en 1992. Virage rock hautement bien négocié, Fragments d'hébétude est de loin l'un de mes préférés. 



L'un de mes préférés dans la discographie de HFT pour ce "rock" bien caractéristique du début des années 90. Période d'où je tire toujours une admiration pour les albums Putain de Camion de Renaud, Pavillon Noir de Soldat Louis, Où veux-tu que je regarde de Noir Désir, des Shériff... pour faire court et ne citer qu'eux. Riffs et solos de guitares, batterie omniprésente, simple, basique, brute de décoffrage. Le rock de Thiéfaine se shoot également d'une bonne grosse dose de blues, ce qui rend l'album encore plus palpitant, taillé sur mesure pour la scène. (Le live Paris-Zénith de 1994 n'est pas anthologique pour rien !) De plus, l'album compte pas moins de 14 titres ! En comparaison avec Chroniques Bluesymentales, qui n'en compte que 9, le bonheur se voit prolongé. La plume est aiguisée, les guitares électriques subliment littéralement les paroles des chansons, du premier titre Crépuscule-transfert au final Terrien t'es rien, en passant par quelques ballades sublimes comme la road-trip Maalox Texas blues, Encore un petit café. A chaque écoute, je plonge toujours dans l'ambiance mélancolique de cette décennie d'où sont issus mes premiers souvenirs d'adolescent. Le vent se lève au large des galaxies... J'absorbe Animal en quarantaine par tous les pores, les riffs fringants font monter la température de ce rock FM à l'érotisme Thiéfainesque pour piste de danse animale. Casque sur les oreilles, debout au milieu du salon ou assis dans le train c'est la même chose : mon plaisir est animal, désir érotique tourmenté, torturé, il y a des chansons comme ça dont on explique mal pourquoi elle nous fait autant de bien. Tout comme la ballade bluesy Bruits de bulles dont je mime systématiquement le jeux de guitares. Avant la déferlante Paranoïd Game... Ce n'est que le début, juste une fin de partie. Juste une valse noire, brèche vers un folk mélancolique pour se rendre compte à quel point les temps forts sont nombreux dans ce disque, caractérisé par une décharge de fureur de vivre dans une époque qui commençait déjà à partir en vrille pour le sensible jurassien. 

Avec cet immense album rock & blues, Hubert-Félix Thiéfaine maintient comme jamais la flamme avec son public (mais toujours boudé par la majorité des salopes de médias) avec une musique sans filtre, connectée au plus près des sensations, comme des instruments. D’une efficacité redoutable et à consommer sans modération à coups de poésies qui nous répare de toutes les folies dans ce crépuscule de la vie, et nous libère vers de nouveaux tumultes.

Tracklist
01.Crépuscule - transfert
02.Les mouches bleues
03.Est-ce ta première fin de millénaire ?
04.Bruits de bulles
05.Fin de partie
06.Animal en quarantaine
07.Série de 7 rêves en Crash Position
08.Juste une valse noire
09.Paranoïd Game
10.Maalox Texas Blues
11.La terre tremble
12.Une provinciale de petite bourgeoisie
13.Encore un petit café
14.Terrien, t'es rien

octobre 1993
Lilith

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