Ce que j'aime chez Bertrand Betsch, c'est ce mélange de cynisme et de fragilité qui n’a pas peur de s’exprimer, et qui me parle profondément. Dans l'univers de BB, autant l'auteur que l'auditeur, se mettent à nu, pour se livrer tel que l'on est. L'authenticité au rendez-vous. 

Deux ans après le saisissant La traversée, et un an après les doubles sorties de Orange bleue amère et Demande à la poussière, le boulimique d'écritures et de compositions est de retour avec un nouvel album. J'ai horreur de l'amour est l’illustration parfaite en neuf chansons, de ce que j’aime chez Bertrand Betsch. Il me rappelle tel que je l’ai découvert timidement il y a quelques années, torturé face aux vents contraires, émouvant et bouleversant de fragilité. À la fois par la grâce d’un minimalisme envoûtant porté par des orchestrations splendides, d’un chant pénétrant, et d’une authenticité à toute épreuve, il est, à l'image de sa pochette, tout en puissance et en beauté. 


Loin de se complaire pourtant dans un chagrin narcissique, l’artiste balance son spleen sur un thème qui ne laisse aucune place au doute tant le titre de l'album est explicite. Le long de ses neuf pièces, il déploie à nouveau ses mots contre les maux qui s'élancent dans une danse, plus personnelle encore, plus vibrante encore. 
A la faveur d’une simplicité encore plus délibérée, loin des sentiers balisés de la facilité, il transporte l’auditeur dans son univers, dans sa poésie sombre mais vivante. Il me transporte très loin, très haut. C'est un poète de la vie, dans tout ce qu'elle a de plus belle, mais aussi, dans tout ce qu'elle a de plus douloureux. On y perçoit pourtant des lueurs d'espoir qui glissent derrière chaque note. On y perçoit également ce moment suspendu à la fin de chaque chanson, capturé dans l’air, cette sensation délicieuse ponctuée par une respiration qui en dit long. Il m'éblouit, il me passionne, il m'inspire au quotidien. Tant tard, le premier morceau et premier extrait, s'accroche en quelques secondes au cœur. "La vie est un poème, qui ne dit jamais je t'aime..." et là je sais bien que la découverte de l'album, que les écoutes successives vont être un long voyage émouvant, mouvant dans les sentiments. Bertrand Betsch lâche les chiens, l'artiste est en roue libre totale, inspiré comme jamais et on emmerde ceux qui disent du bien de la Saint-Valentin. Fontaine ne fait que confirmer l'intensité de cet album. L'écriture est fluide, les mots m'agitent. Je chante, je m'abreuve, je plonge, Tout doit disparaître m'achève. Une chanson sanglots, une chanson frissons, une chanson sublime et je me dis qu'il serait temps que ça s'arrête. Trois titres et ça suffit. Vraiment. Les émotifs seront achevés, hein. Noyés dans les larmes qu'une beauté musicale, qu'on croise trop rarement, provoque. Ça fait du bien. Vous savez cette petite lueur derrière chaque note, chaque mot, chaque supplice, elle est là et on la doit qu'au talent de cet artiste si singulier, chanteur de drames, provocateur dans l'ultime, rugueux dans le vrai. Le Jean-Pierre Bacri de la Chanson Française trash, ne s'arrêtera pourtant pas à trois titres. L'aorte, Détruire dit-elle, La der des ders, sous tension. Puis quelques notes de piano et sur Ultraviolet mon cœur s'enflamme. En dessous et Deadline résonnent dans mes oreilles et ailleurs dans ce qui est plus personnel, comme les épilogues d'une œuvre riche et profonde. On l'écoute et on ne peut que l'admirer. 


Avec J'ai horreur de l'amour, Bertrand Betsch livre (encore une fois) une œuvre intense et déchirante, d'où on pourra facilement piocher dans peu de temps, quelques grands classiques de la Chanson Française. Ce n'est pas possible autrement. 

Tracklist
01 - Tant tard
02 - Fontaine
03 - Tout doit disparaître
04 - L'aorte
05 - Détruite dit-elle
06 - La der des ders
07 - Ultraviolet
08 - En dessous
09 - Deadline

22 avril 2022
Microcultures Records / Kuroneko


www.facebook.com/bertrandbetsch
www.bandcamp.com