Avec un casque sur les oreilles, c'est mieux.
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26 juillet 2018

Cali chante Léo Ferré

C’est difficile pour un chroniqueur amateur comme moi de se lancer dans la critique d’une œuvre qui touche de loin ou de près quelqu'un d'aussi immense et impressionnant que Léo Ferré. Comme le dit Cali, Léo c'est une montagne. Comme le catalan, je suis au pied de l'Everest, et ce n'est jamais facile de tenir en équilibre sur les mots de Ferré, tant ils donnent le vertige.


A l'aube de ses cinquante ans, Cali a voulu se faire plaisir en posant sa valise dans le fameux Studio Pigalle. Si le chanteur a réussi depuis longtemps à me conquérir avec quelques albums sublimes (L'amour parfait, Menteur, Vernet Les Bains...), il arrive encore a me surprendre. Parce que cette galette, aussi belle que le visuel signé Yann Orhan, est une tornade d'émotions, une violence de sentiments. Parce qu'honnête. Parce qu'amoureux. Parce qu'il y a la puissance des mots de Léo Ferré accompagnée par l'intensité du piano du grandiose Steve Nieve, de la guitare de François Poggio, et Cali, ses cris déchirants à noyer votre âme, ses murmures à vous briser le cœur, sous l'ombre bienveillante et puissante qui plane de son idole... 
L'album débute avec C'est extra. C'est extra et c'est juste beau. Ça se prend en plein cœur, ça vous attrape les tripes et vous met les frissons. Introduction parfaite. Cette œuvre profonde de 1969 devant laquelle nous avons toujours l’impression de toucher l’essence de quelque chose de puissant, parfois indicible mais immuable malgré le temps qui passe, les époques qui changent. Une introduction qui me transporte beaucoup plus loin que la simple écoute. L'enfance, La mélancolie ces œuvres belles et poignantes qui sollicitent nos fonctions les plus timorées de l'amour pour les mots... Piano magistral couché d'un chant naviguant dans les sentiments forts de chaque mot. Quand la douceur s'estampe, le rock qui sommeil en Cali se fait sentir. Ainsi, la dimension rageuse de Ils ont voté, de Vingt ans, de Ni dieu Ni maître devient de plus en plus évidente au fur et à mesure que l’ambiance se rapproche du dynamisme révolté du grand maître. Un poing serré, levé vers le ciel, l'autre main sur le cœur pour le poète aux mots qui s'enlacent et s'entrechoquent, qui jouent entre eux, et les notes qui tissent les mélodies en vagues qui submergent tout. Submerger c'est le mot. Je suis terriblement vite submergé quand les premières notes de piano annoncent Les anarchistes, ou quand la voix de Cali danse sur Jolie Môme, quand elle récite La mémoire et la mer, quand elle scande Thank you Satan. Voilà l’audace de Cali, son audace fougueuse quand il attrape les souvenirs de ses goûts étoilés pour les balancer dans nos cœurs brûlants. Et puis l'ultime délice, l'ultime merveille. Avec le temps. Une évasion hors du temps. Comme un rappel vers la poésie de Léo Ferré. Une voix lente, envoûtante, mêlée à des accords parfaits et à ces paroles à la fois sensibles et déchirantes. Un dernier cadeau, la présence de Mathieu Ferré pour la lecture du poème très peu connu de son père : L'amour est dans l'escalier sur une improvisation émouvante de Steve et François...


Cali capte avec tendresse l'oeuvre de Léo Ferré dans une étreinte poignante faite d'émerveillements et de frissons, où naît l’instant magique de l’excellence... Un album hommage poignant, honnête, faisant passer mon vertige en apesanteur, où l’intime transparence de Cali ravage mon cœur de poésies. Bouleversant.  

Tracklist
01 - C'est extra
02 - L'enfance
03 - Vingt ans
04 - La mélancolie
05 - Ils ont voté
06 - Ni dieu Ni maître
07 - Les anarchistes
08 - Les étrangers
09 - Thank you Satan
10 - Jolie môme
11 - La mémoire et la mer
12 - Les poètes
13 - Paris je ne t'aime plus
14 - Le flamenco de Paris
15 - Avec le temps
16 - L'amour est dans l'escalier

05 octobre 2018
BMG

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